Depuis 2022, Lugano s’est lancée dans une aventure ambitieuse : s’imposer comme la plaque tournante européenne des cryptomonnaies. C’est un pari audacieux, mais qui semble bien planifié à travers le Bitcoin, et son implication stratégique dans le secteur. La ville a choisi d’utiliser sa position géographique et sa réputation pour attirer start-ups et investisseurs du monde de la blockchain.
Dès le lancement de son initiative, Lugano a attiré des figures emblématiques. Christian Angermayer, un milliardaire allemand, a troqué la City de Londres pour les bords du lac de Lugano après l’abolition du régime fiscal “non dom”. Il est rapidement devenu une des têtes d’affiche du mouvement crypto en Suisse. Parallèlement, Giancarlo Devasini, cofondateur de Tether, dont la fortune est estimée à $9,2 milliards, a fait de Lugano son nouveau centre d’activités. Sa société Tether, moteur du plan local, a financé la création d’un fonds d’investissement de CHF100 millions pour soutenir les start-ups de la blockchain et encourager la relocalisation de talents et d’entreprises à Lugano.
Cette offensive ne passe pas inaperçue dans le landernau helvétique : Lugano veut dépasser Zoug, la Crypto Valley suisse, et peut se targuer d’une forte ambition. Mais cette dynamique ne se limite pas à la capitale tessinoise. Genève, bien que plus discrète, se place également comme un acteur de poids. La ville de Calvin a enregistré une multiplication par deux des entreprises blockchain entre 2020 et 2023, de 49 à 115 sociétés actives. Ce développement s’explique par une réglementation favorable et une grande souplesse pour lever des fonds dans l’écosystème crypto. En parallèle, certaines banques genevoises ont intégré les cryptomonnaies dans leurs services, en collaboration avec des acteurs comme Taurus, un leader de la gestion d’actifs numériques. Ce dernier a même levé CHF65 millions lors d’une levée record en 2023.
Cependant, la Suisse ne peut ignorer la concurrence croissante sur le marché européen. L’Allemagne, par exemple, a su adapter sa législation pour permettre aux fonds privés d’investir jusqu’à 20 % de leurs actifs en cryptomonnaies, attirant ainsi des investisseurs internationaux. Le Luxembourg, fort de sa réputation d’agilité financière, continue de se positionner comme un hub incontournable pour les acteurs de la blockchain. Quant au Royaume-Uni, bien que plus rigide dans ses régulations, il demeure un acteur majeur grâce à la densité de son écosystème fintech.
Malgré une forte croissance, l’Europe reste toutefois loin des États-Unis en termes de volumes de transactions : ces derniers captent près de 50 % du marché mondial des cryptomonnaies, contre 25% environ pour le Vieux Continent, soit près de 1 000 milliards de dollars par an. Et la dynamique lancée par le nouveau président américain pourrait accentuer cet écart. A moins que les nombreuses initiatives européennes, avec des hubs comme la Suisse, ne permettent au contraire, de le combler, au moins partiellement.
La compétition mondiale est féroce. Mais l’initiative luganaise pourrait donner des idées à d’autres cantons suisses. Car la capacité d’innovation helvétique n’est plus à prouver ! Alors qui sait ? Dans quelques années, chaque région de la Confédération pourrait bien avoir sa propre mine… de Bitcoin.