PRIVATE EQUITY, UNE LAME À DOUBLE TRANCHANT

La baisse des marchés conjuguée à la hausse des taux d’intérêt fait craindre des lendemains qui déchantent pour les actifs non cotés, plus particulièrement le private equity. De plus, l’arrivée d’une nouvelle clientèle d’investisseurs privés, plus « retail », pourrait peser sur des performances exceptionnelles, si l’on en croit la dernière enquête de Coller Capital (1).

En effet, il n’est pas rare aujourd’hui de voir des gérants tenter d’attirer ce type de clientèle. Tout comme voir émerger des plateformes qui « démocratisent » l’accès à ce type d’actifs, avec des tickets d’entrée à 100K€, 10K€, voire moins ! Sans parler des fonds nourriciers (feeder funds), aux frais pas toujours digestes, proposés à des petits épargnants peu conscients des conséquences de l’illiquidité, avec des tickets à 1’000€ pour accéder à des fonds à la qualité parfois discutable. Dérive classique d’un marché trop euphorique, qui ne doit cependant pas amener à jeter le bébé avec l’eau du bain !

Car des études récentes consacrées aux actifs privés (2), analysent que les millésimes des fonds lancés juste avant ou pendant les périodes de dislocation de marché génèrent de meilleures performances que les autres. Suggérant ainsi que le moment serait opportun pour augmenter les allocations au private equity ou pour s’y engager !

Surtout que c’est l’entreprise privée qui est la première source de croissance et de création de richesse. Ceci est particulièrement vrai dans le domaine de l’innovation et de la durabilité, car ce sont essentiellement ces sociétés non cotées qui initient les avancées dans les logiciels, les technologies disruptives, l’IA, les technologies propres, la télémédecine et l’énergie verte. Autant d’évolutions qui ne sont adoptées par les grandes entreprises cotées, que dans un second temps. L’absence de diversification dans le non coté représente donc un véritable risque de passer à côté d’une part importante de la croissance économique et de l’innovation.

Finalement, alors que le contexte pourrait ne pas sembler propice, le private equity devrait plus que jamais tenir une place de choix dans les allocations d’actifs. Mais cette classe ne saurait correspondre à tous les profils. Et la qualité des équipes, leur track record, demeurent déterminants. Adéquation et sélectivité sont donc primordiales pour réaliser des investissements illiquides pendant 10 ans !

(1) Global Private Equity Barometer, Summer 2022, Coller Capital, enquête réalisée auprès de 110 investisseurs en le 7 février et le 30 mars 2022.

(2)« Actifs privés, attrait public – ces investissements résisteront-ils à la remontée des taux ? », Point de vue du CIO, Rapport spécial, mai 2022, Lombard Odier Private Bank