Tout n’est pas responsable au pays des obligations !

Les émissions d’obligations durables ont atteint le record de $544 milliards en 2020, soit plus du double de 2019 (données Refinitiv). Les prêts et obligations assortis d’une clause durable se multiplient. Ainsi, le 18 février dernier Anheuser-Bush annonçait la signature d’une nouvelle ligne de crédit renouvelable de $10,1 milliards qu’il affirmait être « la plus importante…de l’histoire, et la première ligne de crédit syndiquée du genre accordée à une société cotée en bourse du secteur des boissons alcoolisées ». Ce prêt « à impact positif » comporte un mécanisme de fixation de taux qui incite la société à progresser sur quatre fronts (amélioration de la gestion de l’eau, accroissement de la part de PET recyclé, achat d’électricité renouvelable et réduction des GES) et, ainsi, à contribuer aux objectifs de développement durable des Nations-Unies.

En 2019, le groupe énergétique italien Enel émettait la première obligation de ce type, « sustainability-linked bond », dont les conditions varient selon que l’émetteur atteint ou non des objectifs préalablement définis en matière ESG. Son coupon, fixé à 2.650% est conditionné à l’atteinte d’un niveau minimum de capacité de production d’énergies renouvelables. Si, au 31 décembre 2021, ce seuil n’est pas atteint, le coupon augmentera de 0,25% jusqu’à maturité.  Mais le diable est dans le détail. Comme le constatait un gérant obligataire lors d’une récente émission, les conditions fixées par l’émetteur concernant la baisse de sa consommation d’énergie « représentaient à peine l’application de la loi de transition énergétique ». Il n’y avait donc pas de réel engagement de l’entreprise, puisqu’elle ne faisait que se conformer à la législation !  Par ailleurs, le durable ne se limite pas à la variable « E », mais s’étend également au « G ». Or, lorsque les émissions d’obligations ont pour but de payer des dividendes aux actionnaires, on est en droit de s’interroger sur la gouvernance de l’entreprise…