Monopoly : édition spéciale foires

C’est un véritable mastodonte qui est en train de révolutionner le marché des foires artistiques. Après 47 ans de bons et loyaux services, la Foire Internationale d’Art Contemporain (Fiac – Paris) est récupérée par MCH Group, propriétaire du désormais incontournable Art Basel. La Réunion des musées nationaux – Grand Palais (RMN-GP) a en effet choisi ce dernier pour organiser la foire d’art contemporain qui a traditionnellement lieu au Grand Palais au mois d’octobre, et ce pour les sept prochaines années. Coût total de l‘opération : 10 millions d’euros, autant dire un petit Basquiat !

L’expansion de MCH, et de la marque Art Basel, dans le monde est impressionnante. Après Bâle, Miami Beach et Hong Kong, et malgré deux années marquées par la pandémie, le groupe déploie également ses pions à Tokyo et à Singapour. Ainsi au total, il organiserait plus de 40 évènements, dont certains hors du domaine de l’art, mais toujours dans le luxe, tels que l’horlogerie. Une concentration du marché, par des acteurs de plus en plus diversifiés, qui reflète un phénomène déjà existant dans les maisons de vente, où la concurrence est telle que la cohabitation pacifique laisse progressivement la place à une logique de «winner takes all», deux maisons se partageant à elles seules près de la moitié du marché global.

Si cette course à la croissance se justifie dans un contexte où les revenus de chaque évènement sont en baisse, elle soulève aussi les questions qui accompagnent habituellement toute tendance monopolistique. L’arrivée d’Art Basel à Paris avait à peine été annoncée que déjà les petits acteurs artistiques s’inquiétaient des tarifs potentiellement prohibitifs qui pourraient leur être imposés pour leur participation. Un tel phénomène conduirait inévitablement à un appauvrissement de l’offre artistique, tant ce type d’acteurs risque de ne chercher qu’à augmenter ses marges en ne faisant que du commercial. Mais le pire n’est jamais certain ! L’art a besoin de vecteurs et d’acteurs variés pour canaliser l’émergence du nouveau, du créatif … et la nature ayant horreur du vide, de nouvelles initiatives émergeront alors sûrement !