En Italie, la collecte de l’impôt est une loterie !

Lorsqu’il s’agit de savoir quelles seront ses rentrées fiscales, l’Etat italien a l’impression de jouer à un jeu de hasard. Celui du chat et de la souris qu’il mène contre les mauvais contribuables ne porte pas les fruits escomptés, avec une évasion fiscale actuellement estimée à €109Mrd par an.

Les nombreux citoyens qui ne jouent pas le jeu de la solidarité face à l’impôt se montreront toutefois peut-être prêts à participer à une loterie destinée à faire émerger les ressources qu’ils soustraient au fisc. L’actuel ministre de l’Economie, Roberto Gualtieri, envisage en effet d’introduire dans le prochain budget 2020 une mesure qui avait été adoptée en 2017 par l’exécutif de Paolo Gentiloni, mais jamais appliquée : une loterie sur les reçus fiscaux, système déjà pratiqué dans certains pays européens, dont Malte et le Portugal.

Concernant l’Italie, elle viserait la TVA, dont le Gouvernement veut à tout prix éviter l’augmentation du taux mais pour laquelle la fraude représente pour les caisses de l’Etat une perte de €33,6Mrd par an. Ce qui fait de la Péninsule la championne d’Europe en ce domaine, indiquent les derniers chiffres de la Commission de Bruxelles. Selon le projet de Rome, chaque ticket de caisse permettrait l’accès à un billet d’une loterie qui compterait trois tirages par mois, avec trois prix, respectivement de €10 000, €30 000 et €50 000. Une fois par an, un tirage exceptionnel donnerait même droit à €1M.

Parmi les autres mesures à l’étude, les autorités envisagent des incitations censées encourager l’usage des cartes de crédit. Car l’Italie détient là encore un autre record en Europe : celui de la réticence à la monnaie électronique. Seuls 13% des paiements italiens sont effectués avec une carte de crédit. Un Italien fait en moyenne moins de 100 paiements digitaux par an, selon Capgemini, tandis qu’un Norvégien en fait près de 600 et un Français, 360.Le gouvernement songe à procéder à des remboursements pouvant atteindre entre 2 et 4% de la valeur des achats effectués à partir du moment où ceux-ci sont faits par carte. Une mesure qui pourrait coûter entre €3Mrd et €5Mrd chaque année. Le prix à payer pour une meilleure traçabilité des paiements et surtout pour la baisse de l’évasion fiscale. Et une nouvelle carte abattue par l’Etat dans sa partie de poker menteur avec les contribuables.