Le family office sort du salon mai 2026 — Pratique
Le family office a longtemps cultivé la discrétion : quelques bureaux, une gouvernance informelle et une confidentialité absolue. Mais à mesure que les fortunes se mondialisent, ce modèle change d’échelle.
Le dernier rapport d’Ocorian illustre cette mutation. En cinq ans, 60 % des family offices interrogés ont ouvert jusqu’à deux nouveaux bureaux à l’étranger, afin de répondre au nomadisme croissant des familles : multiplication des résidences, doubles nationalités, diversification géographique des actifs.
Au-delà des considérations fiscales et réglementaires, cette mobilité s’explique aussi par une géopolitique devenue structurellement instable : guerres, sanctions, tensions commerciales, fragmentation des chaînes d’approvisionnement. Le rapport décrit désormais un monde où les family offices doivent penser comme des États miniatures, capables de cartographier et de gérer des risques que les générations précédentes ne connaissaient pas.
Autre évolution de taille : la montée en puissance de la nouvelle génération. Plus impliquée, plus technophile, tournée vers les marchés privés et les actifs digitaux, elle transforme progressivement les priorités des structures. Le bureau feutré du patriarche laisse place à des comités d’investissement et des advisory boards. Les sujets traditionnellement confidentiels – succession, gouvernance familiale, partage du pouvoir – deviennent ainsi des problématiques presque « corporate ».
Or, paradoxalement, plus les family offices se professionnalisent, plus ils redécouvrent l’importance du facteur humain. Derrière les plateformes de données, les structures multi-juridictionnelles et les plans de cybersécurité, il reste des familles. Avec leurs rivalités, leurs visions différentes du risque, et parfois leurs désaccords générationnels. La technologie rationalise la gestion du patrimoine. Elle ne simplifie pas la gestion des héritiers.
Le family office moderne n’est donc plus seulement un coffre-fort sophistiqué. Il devient une structure de gouvernance globale du capital familial – à la frontière entre entreprise, diplomatie et dynamiques familiales.