L’impôt qui ne dit pas son nom octobre 2026 — News

« Par un processus continu d’inflation, les gouvernements peuvent confisquer, secrètement et sans être remarqués, une part importante de la richesse de leurs citoyens. » Keynes, 1919.

Alors que l’idée d’effacer une partie de la dette publique détenue par les banques centrales revient aujourd’hui dans le débat, l’histoire rappelle qu’il existe des moyens beaucoup plus discrets de l’alléger.

En 1945, le Royaume-Uni doit près de deux fois et demie sa richesse annuelle. Il ne remboursera pas vraiment cette dette : il en réduira le poids. Selon une étude publiée cet été par le FMI[1], la répression financière a contribué pour environ 90 points de PIB au désendettement britannique entre 1945 et 1955, plus de quatre fois la part de l’inflation et bien davantage que celle de l’austérité.

Le mécanisme n’est pas l’inflation. Par la réglementation, l’État conduit banques et institutions financières à détenir davantage de dette publique qu’elles ne le feraient librement, et emprunte ainsi moins cher que ne l’exigerait le marché. Cet écart est l’impôt : l’épargnant le paie par la moindre rémunération de son épargne. Personne ne l’a voté. Des millions d’épargnants l’ont pourtant payé.

Le FMI observe son retour depuis 2008. Exigences de liquidité, traitement prudentiel favorable de la dette souveraine : chacune de ces règles a sa justification, mais leur accumulation crée une demande structurelle d’obligations publiques. La répression moderne n’a pas besoin d’être décidée. Elle peut s’installer.

Encore faut-il des épargnants captifs. Le Japon, endetté à plus de deux fois son PIB, en est l’illustration contemporaine : sa dette est largement financée par l’épargne nationale, à des rendements durablement comprimés. L’Italie présente une configuration intermédiaire : un tiers seulement de sa dette est détenu à l’étranger, et ses ménages et ses entreprises en portent directement une part sans équivalent en France.

La France est dans la situation inverse. Sa dette atteint 119 % du PIB, et 57,5 % de la dette négociable de l’État est détenue par des non-résidents. Or un créancier étranger ne se laisse pas réprimer : il vend ou exige une prime. Et Paris ne fixe pas seul ses conditions monétaires. Il faudrait donc d’abord rapatrier une partie de la dette, plus sûrement par les incitations fiscales et les règles prudentielles que par une obligation d’acheter des OAT.

Croissance, impôts, économies : les autres voies rendent le coût de l’ajustement visible. La répression financière tient son attrait de ce qu’elle le répartit discrètement entre les épargnants.

Pour l’épargnant, la question change alors de nature. Il ne s’agit plus seulement de savoir ce que rapporte son patrimoine, mais quelle maîtrise il conserve sur son allocation et sa disponibilité. Le fonds en euros en donne une illustration : l’épargnant ne choisit pas les titres détenus par l’assureur, et la loi Sapin 2 permet, dans des circonstances exceptionnelles, d’en limiter temporairement les rachats. Ce dispositif n’est pas de la répression financière ; il rappelle simplement que propriété et liberté d’arbitrage ne se confondent pas toujours.

FMI, “The Coming Great Repression? New Measures and a Century of Evidence”, Marijn A. Bolhuis,
Jakree Koosakul, Neil Shenai, Jie Yang, 31 juillet 2026, https://www.imf.org/en/publications/wp/issues/2026/07/31/the-coming-great-repression-new-measures-and-a-century-of-evidence-578320