Le pari blanc février 2026 — Idées

À l’aube, la lumière accroche les crêtes. Les dameuses ont lissé la neige pendant la nuit. Les remontées s’éveillent.
La scène semble immuable.
Elle ne l’est plus.

Longtemps, la montagne a offert une équation patrimoniale simple : foncier rare, clientèle internationale solvable, hiver fortement margé. Immobilier résidentiel, hôtellerie et concessions d’exploitation formaient un écosystème cohérent, presque prévisible.

Selon les projections reprises par le Comité International Olympique (CIO), seuls une dizaine de pays pourraient encore accueillir les Jeux d’hiver d’ici 2040. Le froid devient une ressource rare. Et avec lui, la lisibilité du modèle économique alpin.

À Cortina d’Ampezzo, hôte en 1956 et co-organisatrice en 2026, le nombre annuel de jours de gel a reculé d’environ 20 % par rapport aux décennies d’après-guerre. Sous 2 000 mètres, certaines stations pourraient devenir « peu fiables » d’ici quinze ans.

La réponse est technologique : la neige de culture. En Italie, près de 90 % des pistes en dépendent déjà. Mais produire du blanc consomme eau, énergie et capital. Cette neige technique pèse sur les marges, accroît la sensibilité aux prix énergétiques et complexifie l’équation ESG. L’hiver reste rentable mais il devient plus volatil.

Pour préserver l’attractivité des Jeux, le CIO envisage une rotation entre un nombre limité de sites permanents. Une telle évolution concentrerait la valeur sur quelques juridictions très équipées (États-Unis, Scandinavie) et accentuerait la hiérarchisation des actifs alpins.

De nombreuses stations opèrent quant à elles un pivot vers un modèle « quatre saisons ». Si le ski demeure plus lucratif que la randonnée ou le VTT, la valorisation pourrait se décorréler de l’altitude pour dépendre davantage de l’accessibilité, de la diversification des usages et de la performance énergétique des bâtiments.

Pour les investisseurs, le risque climatique devient un critère structurant : altitude d’exposition, dépendance à la neige de culture, résilience énergétique, soutien public aux infrastructures.

La montagne ne disparaît pas. Sa prime change de nature.

Au lever du soleil, les pistes semblent identiques.
Mais la valeur ne repose plus seulement sur la neige – elle repose sur la capacité à en maîtriser le coût.

Le blanc n’est plus un acquis.
Il devient un arbitrage.