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MARCHÉ : LA FIN DE L’ILLUSION DE STABILITÉ

Il aura suffi de quelques dizaines de kilomètres de mer pour rappeler la fragilité des équilibres sur lesquels repose notre prospérité. La fermeture, puis la réouverture, du détroit d’Ormuz, par lequel transite près d’un cinquième du pétrole mondial, n’a pas seulement fait vaciller le cours du baril : elle a illustré combien la fluidité des échanges internationaux, longtemps considérée comme acquise, demeure vulnérable.

Si le franchissement de ce détroit, et demain peut-être d’autres routes stratégiques, venait à être entravé ou renchéri, c’est toute l’architecture du commerce mondial qui s’en trouverait affectée. L’épisode s’inscrit dans une tendance plus structurelle : montée du protectionnisme, recherche d’autonomie stratégique et reconfiguration des chaînes d’approvisionnement.

Cet épisode marque un basculement plus large : celui du passage d’un monde fluide à un environnement marqué par des frictions croissantes, où les chocs exogènes redeviennent déterminants. Pendant plus d’une décennie, l’abondance de liquidité a contribué à amortir une grande partie des risques. Cette phase semble progressivement toucher à ses limites.

À court terme, le protocole d’accord entre les États-Unis et l’Iran a permis d’écarter les scénarios les plus défavorables. L’inflation devrait rester contenue sans refluer franchement à court terme. Dans cet environnement, la sélectivité s’impose.

Les marchés d’actions ont fait preuve de résistance au premier semestre 2026, soutenus par des résultats d’entreprises solides et des anticipations de modération de l’inflation. Cette résilience ne doit toutefois pas masquer certaines fragilités.

Les valorisations américaines évoluent à des niveaux historiquement élevés. Plus significatif encore, le rendement des actions du S&P 500 (3,6 % début juin) est désormais inférieur à celui des obligations du Trésor américain à dix ans, alors qu’il leur était historiquement supérieur de plus de deux points. La prime de risque actions s’est ainsi largement évaporée – une situation difficilement soutenable dans un environnement plus incertain.

La concentration croissante des indices constitue un second point d’attention. Les « Magnificent 7 » concentrent une part déterminante de la performance des marchés américains, ce qui en accroît mécaniquement la vulnérabilité.

Du côté obligataire, la question budgétaire américaine reste centrale. L’augmentation des besoins de financement pourrait conduire les investisseurs à exiger une rémunération plus élevée sur la dette souveraine de long terme. Dans ce contexte, les échéances courtes et le crédit de qualité conservent leur pertinence, complétés, à des fins de diversification, par certaines expositions à la dette émergente.

Les actifs alternatifs continuent de s’imposer dans les allocations, mais le retour du risque appelle davantage de discernement. La dette privée, présentée comme une source de rendement décorrélé, a récemment montré certaines limites. Les tensions observées sur certains véhicules cotés de dette privée (notamment les Business Development Companies ou BDC américaines) ont moins révélé une dégradation des fondamentaux qu’un enjeu structurel : l’inadéquation entre des actifs peu liquides et des attentes croissantes de liquidité.

Dans un marché de plus de 3 500 milliards de dollars, le comportement des investisseurs pourrait devenir une source de volatilité à part entière. Les marchés européens apparaissent plus résilients, sans être immunisés.

2026 confirme ainsi une transition : la liquidité ne suffira plus à absorber les chocs, et la hiérarchie des risques sera plus mouvante.

Pour les investisseurs, l’enjeu n’est plus seulement de capter la performance des marchés, mais d’adapter les portefeuilles à un monde où les primes de risque pourraient se reconstituer, où les chocs exogènes redeviendraient plus fréquents et où la dispersion des performances s’accentuerait.

Dans ce contexte, discipline d’allocation, diversification réelle et attention portée à la liquidité redeviennent centrales. Dans un environnement moins fluide, la recherche de performance ne saurait se substituer à celle de robustesse. Les deux devront désormais avancer de concert.

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