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Immobilier : l’heure du grand tri

Après trois années marquées par la remontée des taux et la contraction de la liquidité, un nouveau facteur de risque s’est ajouté ce printemps : la résurgence de tensions inflationnistes, en partie liée aux chocs énergétiques récents. Les grandes banques centrales ont renoué avec un discours de fermeté. Une certitude s’impose désormais : le rendement ne viendra plus de la baisse des taux, mais de la capacité des actifs à générer des revenus durables.

Pendant près de quinze ans, la compression des taux a porté les valorisations presque indépendamment de la qualité des actifs. Cette époque est révolue. Les capitaux reviennent, le financement fonctionne à nouveau, mais ils se concentrent désormais sans concession sur les actifs les mieux situés, les plus récents et les plus performants énergétiquement. La polarisation entre actifs « prime » et actifs secondaires n’a jamais été aussi marquée.

Le « flight to quality » domine désormais la plupart des marchés développés. Les immeubles obsolètes subissent une décote croissante, alourdie par le coût de leur mise aux normes. La création de valeur repose davantage sur l’action – rénovation, amélioration énergétique, gestion active – que sur le marché lui-même.

Cette évolution rappelle une caractéristique souvent oubliée de l’immobilier : sa vocation première n’est pas la spéculation, mais la production de revenus et la préservation du capital dans la durée. Dans un environnement moins porté par la liquidité, l’immobilier retrouve progressivement sa fonction patrimoniale d’origine.

Aux États-Unis, le signal le plus net vient du résidentiel : les prix ne progressent plus que de 1,7 % sur un an, leur rythme le plus faible depuis 2012, et quinze des vingt principales métropoles enregistrent désormais une baisse. La dispersion domine : les actifs les mieux positionnés résistent, les segments secondaires poursuivent leur ajustement. Les centres de données, portés par l’essor de l’intelligence artificielle, demeurent particulièrement recherchés.

En Europe, la reprise se confirme, mais elle change de nature. Les rendements futurs viendront davantage des loyers que d’une nouvelle compression des taux. Le résidentiel s’impose comme une classe d’actifs centrale, soutenue par un déficit structurel d’offre.

En France, deux facteurs commandent désormais les prix : l’emplacement et la performance énergétique. Le DPE est devenu un véritable critère de valorisation. Les grandes métropoles résistent mieux que les marchés secondaires, dans un contexte encore marqué par le niveau des taux et l’incertitude politique.

La Suisse continue de faire figure d’exception. Avec un taux directeur à 0 % et des taux hypothécaires proches de 1,5 %, le financement demeure accessible. Le prix moyen d’une maison individuelle a franchi le seuil de 1,2 million de francs, poursuivant une progression certes ralentie, mais continue depuis plus de vingt ans. La tension reste particulièrement forte sur l’Arc lémanique, Genève en tête. Seul point de vigilance : la sensibilité croissante des taux longs aux tensions inflationnistes mondiales.

Quelques segments continuent de bénéficier de dynamiques structurelles favorables : le résidentiel et le « living », soutenus par les tensions persistantes sur l’offre ; la logistique, portée par la réorganisation des chaînes d’approvisionnement ; l’hôtellerie, qui bénéficie de la croissance des flux touristiques internationaux ; et les centres de données, dont le développement accompagne l’explosion des besoins numériques liés à l’intelligence artificielle.

2026 ne marque pas le retour d’un marché porté par la seule liquidité. Elle marque le retour d’un marché où la qualité des actifs, leur capacité d’adaptation et la qualité de leur gestion redeviennent déterminantes. Dans ce nouveau cycle, l’immobilier cesse progressivement d’être un simple pari sur l’évolution des taux pour redevenir ce qu’il a toujours eu vocation à être : un actif de long terme fondé sur l’emplacement, le revenu et le temps.

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