Distribinvest.com - Juillet 2018

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Source : https://www.distribinvest.com/fr/focus-expertises/family-office5/201817/coupoles-20183/fran%C3%A7ois-mollat-du-jourdin1.html

François Mollat du Jourdin : « Le conseil en philanthropie est devenu une part significative de notre activité »
19.07.18

À l’occasion de la 4e édition des Coupoles Distrib Invest, François Mollat du Jourdin, fondateur de MJ & Cie, a expliqué à la rédaction la philosophie du family office en termes de « finance positive ». De la politique RSE mise en place au sein de la société au travail effectué avec les clients ou encore l’engagement philanthropique des salariés, petit tour d’horizon des principales mesures.

Comment cherchez-vous à rendre votre métier encore plus vertueux ou responsable ?

François Mollat du Jourdin : Nous considérons que, par essence, notre métier est vertueux et responsable. Notre travail est d’accompagner des individus ou des familles fortunées dans la gestion et la transmission d’un patrimoine matériel et immatériel. Et immatériel… Et immatériel… Et immatériel (sic) !

Il faut donner du sens au patrimoine de nos clients en maintenant une harmonie et une cohésion familiale pour que le capital ne soit pas que financier mais aussi un outil au service de projets. Par ailleurs, et au-delà de l’activité philanthropique de MJ&Cie, nous réfléchissons à un projet de mécénat de compétences. Nous sommes persuadés que ce sont des éléments essentiels pour la pérennité d’une entreprise, des équipes qui la constituent, et qui va dans le sens de nos engagements. Il est essentiel que notre entreprise, et les membres qui la composent, incarnent une citoyenneté responsable et active.

Sur quelles valeurs s’appuie le développement de votre société ?

M. d-J. : Notre société s’est construite sur deux valeurs : « l’humain avant la finance » et « une entreprise citoyenne dans son époque ». Concrètement, cela implique que l’équipe passe avant le reste. Même si des règles et une grande exigence sont indispensables à son bon fonctionnement, MJ & Cie n’existe que grâce à ses collaborateurs. L’entreprise est un lieu où l’on réunit des femmes et des hommes pour atteindre un objectif ensemble. Nous sommes également sensibles aux enjeux de société, qu’ils soient sociaux ou environnementaux.

Quelle est votre politique en matière de RSE ?

M. d-J. : L’une des choses essentielles est que nos collaborateurs se sentent bien dans l’entreprise. Plusieurs initiatives ont été prises en ce sens. Outre la politique d’associer l’ensemble de l’équipe à la réussite de la société par le partage d’une part significative de ses résultats (intéressement, épargne salariale, abondement, rémunération variable….), nous avons créé un comité philanthropique animé par plusieurs membres de notre équipe. Mon associée et moi avons validé la stratégie, mais nous n’y siégeons pas. C’est un projet qui appartient à nos salariés, qu’ils ont la responsabilité de gérer et de faire progresser, avec un budget annuel.

Les actions menées dans ce cadre, qui doivent s’inscrire dans la durée, sont, par le choix des salariés, à destination de l’enfance en difficulté, en France et à l’étranger. Nous avons ainsi pris un engagement avec un centre d’accueil pour jeunes filles au Cambodge, où nous finançons l’éducation d’une dizaine d’entre elles pendant toute leur scolarité dans l’établissement.

Sur le fonctionnement de la société en elle-même, nous sensibilisons nos clients et nos collaborateurs à l’empreinte carbone, que ce soit dans l’utilisation des moyens de transports, le recyclage, mais aussi, par exemple, l’emailing à outrance avec des dizaines de personnes en copie de mails qui ne sont souvent même pas lus… Nous faisons également la guerre au gaspillage papier et consommables. En trois ans, nous avons réduit d’environ 90 % notre émission papier et de 50 % notre réception papier, en demandant systématiquement à nos partenaires, nos collaborateurs et nos clients, de dématérialiser nos échanges.

Tout cela n’est pas systématiquement une action planifiée mais, au contraire, vise à s’inscrire dans un quotidien plus responsable. Tout doit partir d’une prise de conscience individuelle et collective. Nous ne sommes qu’un petit maillon dans une immense chaîne et nous ne pourrons avancer que si chacun agit à son échelle.

Comment les concepts de développement durable et de finance responsable inspirent-ils le développement de votre offre ?

M. d-J. : Nous avons entamé une importante réflexion sur la manière d’intégrer ces concepts dans notre offre de conseil. Nous estimons que l’Europe est en retard. Notre équipe travaille à la méthodologie et nous n’excluons pas de recourir aux conseils d’un expert extérieur avec lequel nous avons pris langue. Par ailleurs, le conseil en philanthropie est aujourd’hui devenu une part significative de notre activité, reflet de cet engagement.

Avez-vous réussi à transformer une contrainte réglementaire en opportunité ?

M. d-J. : Nous tentons plutôt de réfléchir en amont des réglementations. La question est donc plutôt inverse. Nous pensons que les contraintes réglementaires qui s’imposent au marché vont amener des opportunités de développement et d’acquisition de nouveaux clients, car notre business model et notre manière de travailler sont, depuis 15 ans, en adéquation avec l’ensemble de ces nouvelles réglementations. Nous avons donc un avantage concurrentiel, et c’est plutôt l’effet de ces contraintes réglementaire sur nos concurrents qui pourrait jouer en notre faveur. Mais le renforcement des obligations règlementaires amène aussi chez nous, par exemple, des obligations renforcées en matière de formation, ce que nous considérons comme une véritable valeur ajoutée supplémentaire pour notre équipe !

Avez-vous développé une offre pure ISR ?

M. d-J. : Nous ne sommes évidemment pas des créateurs de produits financiers mais nous mettons en place, pour les clients qui le souhaitent, une stratégie d’investissement basée sur la finance durable et responsable. De plus, nous sommes réfléchissons à une structuration ISR et, comme je l’indiquais plus haut, nous avons d’ores et déjà commencé à échanger avec un spécialiste. Nous souhaitons partir d’une question simple : « Comment imprégner davantage la réflexion de nos équipes et de nos clients sur la responsabilité environnementale et sociétale ? »

Opérez-vous une sélection responsable de vos fonds ?

M. d-J. : Nous ne sommes pas des sélectionneurs de fonds. Nous pouvons cependant orienter nos clients, et leurs prestataires, vers des acteurs spécialisés sur ces thématiques. Nous faisons alors très attention à la manière dont ces sociétés sont organisées, et pas seulement à l’offre de produits ISR. Nous regardons l’ensemble du process et le résultat final en termes de constitution de portefeuilles. Nous ne voulons surtout pas de « green washing » ou « social washing ». Nous recherchons des offres ISR raisonnées d’un bout à l’autre de la chaîne. Mais elles sont encore rares malheureusement en matière de gestion privée.

Avez-vous une offre de produits d’investissement à impact social ?

M. d-J. : Nous n’avons pas d’offre produits mais notre approche prétend aider nos clients à donner du sens à leurs investissements. Par exemple, pour les allocations en private equity, plusieurs d’entre eux évaluent l’impact social avant de décider d’investir. A titre d’exemple, nous avions, à l’époque, investi dans le projet « Compte Nickel », dont le concept visait à favoriser la « rebancarisation » d’une frange de population exclue du système financier. Cet impact direct, sur des individus que chacun peut côtoyer dans son quotidien, s’est confirmé ce qui l’a rendu d’autant plus satisfaisant pour l’investisseur.

Comment mesurez-vous dans vos reporting l’impact investing ?

M. d-J. : Nous consultons les statistiques disponibles sur les différents investissements à impact social et nous les intégrons dans nos reportings.

Vos reportings intègrent-il une empreinte carbone ?

M. d-J. : Non mais c’est une chose que nous pourrions être amenés à faire dans le futur en faisant attention à ce que cela soit utile et non pas un simple gadget.

Comment faites-vous la promotion de l’ISR ?

M. d-J. : Pour l’instant, nous n’avons pas de discours systématique. Mais, comme évoqué plus haut, le sujet correspond à une réflexion active qui aura des conséquences sur notre organisation et notre offre de services. En revanche, l’affirmation des valeurs qu’incarne MJ&Cie impacte notre approche vis-à-vis de nos clients : le refus de stratégies fiscales agressives, la réflexion sur l’utilité de l’impôt, la responsabilisation en tant qu’investisseurs, la sensibilisation à l’action philanthropique, etc. sont autant de points traités dans les échanges stratégiques avec eux.

Proposez-vous à vos clients des conférences portant sur ces thématiques ?

M. d-J. : Comme pour le reste de notre activité, attaché à une relation exclusive avec chacun de nos clients, le « multi-mono family office » que nous sommes, n’organise jamais de rencontre groupée. Tout se fait donc au travers d’échanges individuels lors de nos différents rendez-vous. Mais nous leur signalons régulièrement des conférences auxquelles ils pourraient assister ou leur donner un compte rendu de certaines auxquelles nous avons participé.

Propos recueillis par Jérémie Gatignol