1er trimestre 2015

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avril 2015

De l’art au luxe

Le fine art a connu en 2014 une nouvelle année record, selon Artprice (numéro 1 mondial des données sur le marché de l’art) et son nouveau partenaire chinois Artron. Certes, celui-ci ne reflète qu’environ 40% du marché mondial, puisqu’il se focalise sur les maisons de ventes aux enchères et occulte, non seulement les ventes de gré à gré, mais aussi les arts décoratifs et le design, pour se concentrer sur les beaux-arts (peinture, sculpture, dessin,…).

Sur ce segment, les ventes ont atteint le résultat historique de €13,5Mrd aux enchères publiques, soit une croissance de 26 % par rapport à 2013. Le nombre d’œuvres vendues dans le monde reste, lui, relativement stable : 505 000 adjudications. Quant au taux d’invendus, il est parfaitement stable depuis quatre ans (37% en Occident, 54% en Chine).

La forte demande pour le haut de gamme, surtout en Occident, fait exploser les prix. Fait significatif, faute de chefs-d’œuvre impressionnistes et modernes en quantité suffisante pour satisfaire la demande, les acheteurs misent de plus en plus sur les contemporains, y compris sur de jeunes artistes prometteurs, dont les prix peuvent doubler en deux ou trois ans. Le segment très haut de gamme est porté par une poignée d’Américains, Européens, Asiatiques, mais aussi d’acteurs du Moyen-Orient, d’Amérique latine et de Russie. Le développement des ventes en ligne élargit le marché, avec parfois des participants de près de 200 pays. Une mondialisation facilitée encore par l’Internet mobile. Même les « Silver surfeurs » de plus de 50 ans, collectionneurs à haut pouvoir d’achat, s’y mettent.

2014 a aussi été marquée par le record de 1 679 enchères supérieures à $1M, soit quatre fois plus qu’il y a dix ans.

Les résultats des principaux acteurs du secteur témoignent de cette activité record. Sotheby’s a annoncé avoir atteint en 2014 un nouveau record de ventes, à $6,1Mrd (+19 %). De son côté, Christie’s annonce des ventes de $8,4Mrd en 2014 (+12 %).

La Chine confirme sa place de première puissance mondiale devant les USA, avec un produit de ventes de $5,66Mrd, en baisse toutefois de 5 % par rapport à 2013. Challenger, les USA progressent, eux, de 21 % et réalisent la meilleure année de leur histoire, avec $4,88Mrd d’œuvres vendues aux enchères. Le Royaume-Uni, troisième avec $2,87Mrd, gagne 35 %, distançant la France ($496M, en diminution de 10 %), handicapée dans ce rapport par la non-prise en compte des arts décoratifs et du design, créneaux sur lesquels elle excelle.

Selon Artprice, ce dynamisme mondial a en partie été porté par l’économie muséale : « il s’est créé plus de musées entre 2000 et 2005 que durant tout le XIXème et le XXème siècle et il s’ouvre dans la Grande Asie un musée par jour ».

Mais le dynamisme a également été porté par les quelques 180 foires artistiques internationales qui ont été recensées en 2014, recouvrant les beaux-arts et les arts décoratifs. Les USA ont, ici encore, constitué la plus grande part, suivis par l’Europe et l’Asie.

22 foires ont attiré plus d’un million de visiteurs en 2014. On peut citer (par nombre de visiteurs par ordre décroissant) : ARCOmadrid, Art Basel, Biennale des Antiquaires, TEFAF, FIAC, Art Basel Miami Beach, Art Basel Hong Kong à égalité avec The Armony Show, Frieze London, Art Cologne, Artissima Turin, Frieze New York, Frieze Masters, Masterpiece London, Expo Chicago, Olympia International Art & Antiques, Art Brussels, abc art Berlin, Vienna Fair, Independent New York, Paris Tableau et ADAA.

Les ventes effectuées lors des foires artistiques ont représenté 40 % des ventes totales en 2014 !

Une véritable effervescence d’un marché en pleine mondialisation, porté par une intégration rapide de nouveaux circuits de distribution (internet, gré à gré,…..) et une structuration de l’offre marchande couvrant tous les continents. Cette évolution peut laisser imaginer que le marché de l’art pourrait bientôt n’être plus qu’un « nouveau secteur du luxe »……..

Immobilier – grazie, thanks, danke

Au niveau mondial, selon Knight Frank, l’immobilier « prime » a connu une progression globale, en valeur, de 2 % en 2014 (contre 3 % en 2013). Une hausse modérée, qui tranche avec l’envolée enregistrée sur plusieurs villes, notamment américaines.

Ainsi, le haut de gamme new-yorkais est au sommet, avec un bond annuel de 19 %, faisant craindre à plusieurs spécialistes une bulle. De son côté, Aspen grimpait de 16 %, San Francisco de 14 % et Los Angeles de 13 %. Parmi les rares villes non américaines ayant connu une telle croissance de leur immobilier de luxe, on relève Bali, Istanbul (+15 %) et Abou Dhabi (+14,7 %). Les prix de l’immobilier prime parisien ont quant à eux reculé de 3,5%.

En France, les derniers chiffres des notaires constatent toujours une baisse des prix au cours des derniers mois, même si elle tend à ralentir. Il faudra quelques mois avant de savoir si ces mouvements se poursuivent. Côté transactions, on a observé un léger mieux à Paris : les ventes ont en effet très légèrement crû de 2 % sur un an, pour atteindre 28 660 unités en 2014. Mais par rapport à la moyenne de la période faste de 1999-2007, l’activité chute encore de 25 %. La « reprise » de 2014 peut notamment s’expliquer par l’abattement exceptionnel de 25 % sur les plus-values immobilières qui s’appliquait jusqu’au 31 août.

S’étant tenus éloignés du marché parisien ces dernières années, les étrangers semblent désormais opérer leur grand retour. Un retrait qui ne se cantonnait d’ailleurs pas à la seule capitale mais pouvait être observé sur l’ensemble du territoire.

A l’échelle nationale, entre 2012 et 2013, le nombre de transactions opérées par des étrangers non-résidents s’est ainsi replié de 13%. Néanmoins, Paris a toujours su jouer de ses charmes auprès des acheteurs non français. Un jeu de séduction qui semble aujourd’hui porter ses fruits, la part des transactions conclues en faveur d’acheteurs étrangers s’établissant en 2014 à 8,3% (contre 6,3% en 2010). Après avoir fui une fiscalité de plus en plus lourde, les étrangers retrouvent le goût de l’achat, aidés en cela par des prix passés sous la barre des 8 000€ / m². Du 3ème trimestre 2012 au 4ème trimestre 2014, le prix des appartements a baissé de 5,6 % dans Paris.

Néanmoins, et ce n’est évidemment pas une surprise, les micromarchés parisiens connaissent des fortunes diverses. Le 7ème arrondissement et ses 18 % d’acheteurs étrangers, mais également le 4ème (16,3% d’acquéreurs étrangers) ou encore le 1er arrondissement (14,6 %) l’illustrent parfaitement. Concernant les nationalités animant ce marché, les Italiens occupent le devant de la scène en s’adjugeant 16,6 % des transactions opérées par des étrangers. Loin derrière avec 6,7 %, les Britanniques ne nous rendent que modérément la pareille (les investisseurs français étant largement représentés à Londres). Quant aux Américains, ceux-ci profitent d’une dévalorisation de l’euro face au dollar pour revenir dans la course (6,5% des ventes aux étrangers). Ce rééquilibrage monétaire permet aux Américains d’afficher un gain de pouvoir d’achat de l’ordre de 30 à 35%.

Avec €14,6Mrd à fin septembre, les montants investis dans l’immobilier d’entreprise en France sont en hausse de 33 % sur un an. Les grandes transactions ont continué de se multiplier, confirmant l’attrait du marché hexagonal et l’afflux de capitaux français et étrangers grâce à un environnement de taux d’intérêt extrêmement favorable et au retour des financements. Sur un marché fortement concurrentiel en raison d’une offre limitée, les capitaux actuellement en circulation sont plus que jamais en quête de gros volumes, notamment de portefeuilles qui permettent aux nouveaux entrants d’atteindre rapidement une taille de patrimoine critique et offrent une mutualisation du risque.

Si ce début d’année 2015 ne laisse donc pas encore apparaitre de signes crédibles de reprise, une stabilisation parait s’être opérée, et le retour des étrangers, tant sur le résidentiel que dans l’investissement commercial, peut être perçu comme un signe encourageant. Mais la rareté prévaut toujours, qui ne doit jamais empêcher la sélectivité !

Marchés financiers

Europe – La BCE a enfin joint les actes à la parole en annonçant un plan de rachat de dettes souveraines de €1100Mrd, avec le double objectif de faire baisser l’Euro et les taux d’intérêts. Même si les marchés avaient largement anticipé cette intervention et ses conséquences, l’effet psychologique a joué à plein et le regard porté sur le vieux continent a changé : les investisseurs étrangers semblent rassurés d’avoir un pilote dans l’avion et les européens eux-mêmes regardent leur environnement avec plus d’optimisme, pour la 1ère fois depuis le déclenchement de la crise. Le momentum est enfin positif en Europe et la confiance semble prudemment de retour. Les premiers chiffres macro-économiques de l’année sont d’ailleurs positifs, les perspectives d’investissements sont en hausse, tout comme la confiance des ménages et les demandes de crédits. Les gouvernements (Allemagne, Espagne) révisent à la hausse leurs perspectives de croissance pour 2015 : il est trop tôt pour crier victoire mais ce choc de confiance et le sentiment d’optimisme qui se répand sur le continent sont des signes encourageants.

Même le retour du problème grec n’a pas remis en cause le retour de la confiance : les gouvernements européens ont pour une fois fait preuve de solidarité et parlé d’une seule voix face aux demandes hellènes. Même si des assouplissements étaient nécessaires dans les politiques d’austérité imposées par la Troïka, accepter toutes les demandes aurait été un mauvais signal envoyé aux populations des pays qui mènent de douloureuses réformes (Portugal, Espagne) ou qui vont en mener (France ?). Le discours complaisant sur le nouveau gouvernement grec en France et en Italie a d’ailleurs très vite laissé place à un discours plus dur de Bruxelles, et surtout de l’Espagne : le risque était grand d’accorder un traitement de faveur à la Grèce compte tenu des élections législatives à venir dans ce pays, où Podemos imagine imiter son ainé Syriza. Face aux risques de contagion des idées de l’extrême-gauche, inacceptables pour l’Europe du nord, qui à terme auraient menacé l’existence même de l’Euro, les gouvernements ont fait preuve de cohésion.

USA – Aux Etats-Unis, la FED va amorcer au cours de l’année son cycle de hausse des taux d’intérêts et mettre fin à 5 ans de taux 0. Le retour à la réalité pourrait être violent sur le marché de la dette (le taux 10 ans US étant toujours sous les 2 %, une aberration dans un pays qui croît à plus de 3 % sans chômage) mais l’économie réelle se porte très bien (forte croissance, chômage à 5.5%) et devrait pouvoir surmonter cette normalisation progressive.

Attention tout de même au prix du pétrole trop faible qui pénalise certains états américains et à un dollar qui s’est beaucoup apprécié ces derniers mois.

Asie et émergents – La situation dans les pays émergents est toujours contrastée : Russie en chute libre, Brésil englué dans ses problèmes d’inflation et de corruption, Asie toujours dynamique, tirée par une Chine, certes en ralentissement, mais toujours locomotive de la planète.

Marchés – Début d’année exceptionnel en Europe dans le sillage de la BCE, +17 % sur les marchés actions où les opérateurs ont applaudi la décision de Mario Draghi. Même effet sur le marché de la dette : le taux 10 ans allemand à 0.20 %, le français à 0.40 %, l’italien à 1.35%: la BCE a clairement fixé la direction (rachat de dette autorisé jusqu’à un taux de -0.20 %, vers lequel les obligations allemandes semblent déjà converger). Cela va probablement durer, l’apurement des dettes passées ne pouvant se faire en un ou deux ans.

Les marchés actions américains sont plus à la peine (+1% pour le S&P), pris entre la hausse du dollar et la crainte de hausse de taux.

Passé le moment d’euphorie sur les marchés européens, il faudra que les chiffres de l’économie réelle suivent et que les craintes de déflation s’éloignent. Cela semble en bonne voie, mais ni la baisse du pétrole de 50 % ni celle de l’euro de 20 % ne se reproduiront tous les ans : la campagne électorale américaine pour les élections de 2016 commence et les autorités US n’hésiteront, par exemple, pas à violemment arrêter la hausse du dollar si besoin.

2015 est l’année où les économies européennes doivent s’autoalimenter. Dans cette perspective, les hausses salariales en Allemagne sont un bon début.

Pour autant, les risques sont nombreux sur les marchés.

Les manipulations auxquelles se livrent les banques centrales pour faire baisser leur monnaie (rachat de dettes, prêt à taux 0, taux de dépôt négatif à -0.2 % pour la BCE, taxe de 0.25 % en Suisse sur les dépôts, achats d’actions au Japon,…) sont porteuses de déséquilibres à venir et de retour violent à la réalité, il n’est que de voir l’exemple suisse.

En effet, la guerre des monnaies, a fait un 1er perdant avec la Suisse qui n’avait plus les moyens de financer sa politique de dépréciation de sa monnaie. Le Franc est donc revenu à sa valeur de marché, gagnant 20 % en une journée ! Dur retour à la réalité pour les entreprises exportatrices du pays.

Et il est temps que la FED lance son processus de normalisation monétaire, même si ce doit être porteur de volatilité à court terme. Les perturbations sur les marchés, où les prix des actifs sont de moins en moins fixés par le processus d’offre et demande, portent les germes des futures crises, par exemple celle sur la dette dont les prix ne respectent plus aucun des fondamentaux (taux 10 ans portugais à 1.65 %, taux allemands négatifs jusqu’à 7 ans ; taux US à 1.85 %, bien inférieur à la croissance du pays).

A plus court terme en Europe, les élections britanniques (suivi d’un référendum sur le maintien dans l’Union Européenne ?) et espagnoles (scénario grec avec l’extrême-gauche au pouvoir ?) seront également des motifs de tension sur les marchés.

La très forte hausse des actions européennes ne se poursuivra pas linéairement : les à-coups et corrections à venir poussent à des prises de profits régulières pour saisir ensuite les occasions de réinvestissement, dans un contexte qui reste porteur pour les actions de la zone Euro (redémarrage de la croissance, afflux de liquidités), et qui sont clairement aujourd’hui les actifs à privilégier. En particulier les entreprises exportatrices et, fait nouveau, celles tournées vers la consommation intérieure européenne (l’automobile par exemple), longtemps délaissées qui peuvent bénéficier d’un environnement plus porteur.

A l’inverse, aux Etats-Unis, après des années de hausse et une économie déjà robuste, les bonnes nouvelles devraient être plus rares et limiter le potentiel de hausse à court terme.

Les pays émergents eux, en plus de leurs problèmes internes pour certains, souffrent de la guerre des changes qui fait rage et de la hausse à venir des taux américains (dettes extérieures souvent libellées en USD, qui subissent donc les choix de la banque centrale américaine).

Une fois de plus, dans un contexte de rendements obligataires insensés, les actifs réels (immobilier par exemple) sont aussi à privilégier, qui offrent des rendements réels et indexés sur l’inflation (inflation qui reste à moyen terme le but plus ou moins avoué des banques centrales pour effacer l’excédent de dettes des dernières décennies).