4ème trimestre 2014

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décembre 2014

Art – Si Paris m’était conté

Malgré le prix exorbitant de certaines œuvres d’art, Artprice a observé une hausse de 17% du marché au premier semestre 2014. Les ventes publiques dans le monde ont totalisé €5,22Mrd sur la période. En une semaine, en novembre, les maisons de ventes new-yorkaises ont cédé quelque 2 000 œuvres pour plus de $1,5Mrd. Chaque saison dépasse les prévisions. Ainsi Christie’s enregistrait-elle, le 12 novembre, un total historique de $852,8M en une seule soirée. Désormais, 70 millions de personnes « consomment » de l’art, contre 500 000 après la Seconde guerre mondiale. En dehors des œuvres millionnaires, les ventes sont majoritairement effectuées par Internet. De fait, l’activité en ligne a augmenté de 71% en six mois pour Christie’s et Sotheby’s a même annoncé un partenariat avec eBay.
Dans cette révolution qu’est la vente d’œuvres d’art en ligne, le marché français a fait mieux que suivre, il a innové. Cette année encore, la FIAC s’est elle aussi « digitalisée » avec un outil performant de visite virtuelle.

Posséder des œuvres d’art permet de diversifier son patrimoine et 76% des collectionneurs achètent de l’art avec une arrière-pensée d’investissement. De quoi faire prospérer les 23 000 maisons de ventes et 375 000 marchands recensés dans le monde.
Cet automne, le marché de l’art (contemporain) avait à nouveau les yeux braqués sur Paris. Importantes expositions (Niki de Saint-Phalle, Sonia Delaunay, Durand-Ruel,…), ouverture de la Fondation Louis Vuitton, réouverture du musée Picasso et, bien sûr, 41ème édition de la FIAC (regroupant 3 500 artistes et 191 galeristes du monde entier) : peu de capitales peuvent se targuer d’un tel engouement. Il montre bien à quel point Paris reste, malgré tout, une place de référence.

La France se trouve depuis plusieurs années à la 4ème place mondiale de ventes d’œuvres d’art. Elle prend même la troisième place si l’on prend en compte le nombre d’objets vendus, juste devant le Royaume-Uni. Certes le pays n’est plus le leader qu’il était il y a soixante ans (les artistes contemporains français sont loin des premières places dans les classements et les collectionneurs français sont encore trop peu nombreux), mais les acteurs français qui animent le marché font preuve d’un dynamisme pour le moins réjouissant, laissant entrevoir de belles perspectives.

Le marché français montre aussi une belle attractivité pour les acheteurs étrangers : un tiers des lots vendus aux enchères en 2013 l’ont été à ces derniers (deux tiers si l’on prend en compte la valeur de ces lots). La présence de plusieurs maisons de vente françaises à l’étranger (Artcurial en Italie ou en Autriche, Pierre Bergé & Associés en Belgique), mais aussi des grands galeristes parisiens (Emmanuel Perrotin à Hong Kong et à New York, Magda Danysz à Shanghai) démontre le rayonnement de la France par sa volonté de s’ouvrir à la clientèle internationale.

Les foires françaises suivent ce mouvement : le Pavillon des Arts et du Design (PAD) est à Londres, la FIAC bientôt à Los Angeles. L’installation à Paris de grands acteurs mondiaux reconnus (Christie’s et Sotheby’s pour les enchères, Marian Goodman ou Larry Gagosian pour les galeries) confirme encore cette inscription de Paris dans le paysage mondial du marché de l’art.

Immobilier – Est-ce bien raisonnable ?

Les effets de 2008 semblent s’estomper, le marché de l’immobilier paraît assaini dans de nombreux pays et reprendre une courbe ascendante conforme à un climat économique en cours de normalisation : +10,4% aux Etats-Unis en 2 ans, +10,5% en Irlande. L’Espagne, dont les prix ont encore diminué de 3,1% en 2014 (et de plus de 30% depuis 2008), attire de plus en plus d’investisseurs, notamment dans l’immobilier d’entreprise. Et ce ne sont que quelques exemples.

Pourtant, le constat est loin d’être aussi évident ! Si prix immobiliers, loyers et revenus des ménages sont censés évoluer de conserve sur le long terme, cela n’est pas le cas pour près de 51 pays étudiés par le FMI. Son nouvel indice global des prix immobiliers alimente les discours sur l’émergence d’une nouvelle bulle…notamment européenne.

En France, le prix de la pierre est pourtant stable depuis le début de l’année 2014 (diminution de 1,2%). Entre juin et août 2014, le prix des logements anciens à Paris a diminué de 1,4% tandis que le volume de transactions augmentait de 25% comparé à la même période l’an dernier. Ce maintien de l’activité s’explique en partie par les taux d’emprunt historiquement bas, qui offrent des opportunités de levier intéressantes.

L’immobilier d’entreprise vit, quant à lui, un véritable paradoxe. Si le marché de l’investissement se porte bien, le locatif reste à la peine dans un contexte de vacance élevée et de loyers sous pression.

Le risque de bulle serait plus important Outre-Manche, la valeur du m2 ayant augmenté de 15,6% depuis le deuxième trimestre 2011. La presse britannique révélait notamment en octobre dernier une transaction immobilière atypique : la plus petite maison de Londres (17,5 m2) s’est vendue pour un montant de €349K !

Ce constat doit inciter au questionnement : la pierre est-elle une valeur ….refuge ? Les pessimistes répondront par la négative, tandis que les plus audacieux se laisseront tenter par un contexte favorable aux acheteurs.

Le Wealth Report 2014 (Knight Franck) livre des éléments de réponse. Ainsi, il semblerait que conjoncture économique et politique fiscale constituent les deux principaux indicateurs utilisés par les investisseurs internationaux, surtout les UHNWI. C’est ainsi que 37% des fortunes russes ont exprimé leur volonté de déménager ! Dans une autre mesure, l’inflation législative et le manque de visibilité en France expliquent très certainement le découragement de nombreux investisseurs, français et internationaux.

L’étude rapporte également que la population des UHNWI devrait croitre de 28% durant la prochaine décennie (même si l’on sait que de telles prévisions s’avèreront forcément erronées à terme !). Les plus fortes progressions s’observeront en Afrique, en Amérique latine et en Asie. Notons qu’il est impossible de délivrer une analyse unique du marché asiatique, tant les particularités propres à chaque pays sont divergentes. Le Japon a vu ses prix reculer depuis le début des années 1990, là où ils augmentaient en Corée du Sud. Une chose est sûre, les villes d’Asie rencontreront d’ici 2023 la plus forte progression de HNWI. Ils habiteront principalement à Ho Chi Minh, Jakarta, Ordos et Mumbai.

Autre tendance majeure qui témoigne d’un fort engouement pour la pierre, les UHNWI indiquent cette année allouer 24% de leurs investissements à l’immobilier, (biens physiques et pierre-papier confondus), soit 40% de plus que l’an dernier (rappelons d’ailleurs que la pierre papier peut, moyennant analyse poussée des décotes et cash-flows, offrir de belles rentabilités).

Résultat de cet attrait : les UHNWI disposent actuellement en moyenne de 2,4 biens immobiliers. Les résidences secondaires sont variées, avec une préférence pour les pieds à terre dans les villes incontournables comme Londres, Monaco ou Vienne (30%), les maisons de bord de mer (22%), ou encore en front de neige dans les stations phares comme Chamonix, Courchevel, Verbier ou Gstaad (13%).

Les terres agricoles séduisent également les grands investisseurs internationaux. Bien qu’il ne s’agisse pas d’une nouveauté, rappelons que les vignes françaises sont devenues ces dernières années une valeur refuge pour une clientèle majoritairement chinoise, première importatrice de vins de Bordeaux. Pas moins de 75 propriétés ont été rachetées sur la seule région bordelaise depuis le début de la crise. Certains propriétaires asiatiques ont d’ores et déjà réalisé une plus-value sur leurs investissements et revendent leurs domaines à de nouveaux investisseurs…chinois.

L’immobilier s’internationalise donc aussi très rapidement, reflet d’une population de plus en plus mobile. Des hausses spéculatives apparaissent comme au Brésil, victime d’un engouement lié à la dernière Coupe du Monde et aux prochains Jeux Olympiques. Il est certain que les grandes capitales internationales continueront d’aiguiser les appétits et conserveront à ce titre un caractère « patrimonial » sur le long terme. Tout particulièrement dans le (très) haut de gamme, qui semble avoir de beaux jours devant lui et constituer une valeur refuge indéniable.

Marchés financiers – Pas si évident

Nous concluions notre dernière lettre par un commentaire sur le probable retour de la volatilité : octobre l’aura illustré au-delà de nos attentes, où les marchés ont plongé de 10% avant de rebondir d’autant !

Il est vrai que si le monde semble croître sur un rythme satisfaisant, les écarts de situation d’une zone à l’autre et les incertitudes peuvent en partie expliquer de tels mouvements.

Europe – On connait la situation du vieux continent, à l’arrêt. Mais la BCE, après avoir agressivement baissé les taux, a clairement indiqué qu’elle allait réagir et, avec 3 ans de décalage avec les USA, elle a entamé une vaste opération de rachats d’actifs susceptible de générer €1000Mrd de liquidités supplémentaires ! Les allemands bloquent encore le principe du rachat d’obligations souveraines, mais c’est la dernière digue à enfoncer pour que la BCE ait un champ d’action sans « limites » !

Cependant, une politique monétaire n’aura d’effet réel que s’il y a politique budgétaire cohérente en parallèle. Or, l’absence de coordination et de coopération entre Etats de l’UE demeure problématique. Et les contradictions de la Commission européenne, entre exigence d’austérité chez les moins vertueux, et proposition d’investissements massifs dans les infrastructures, rendent le discours peu lisible et risquent fort de réduire à néant les tentatives de restaurer la confiance.

Les réformes structurelles restent un préalable, surtout aux yeux des Allemands, malgré les appels pressants du FMI à moins de rigueur. L’Allemagne qui d’ailleurs, présentait pour 2014 et 2015 un budget excédentaire, alors que la consommation allemande est atone (le pays a échappé de peu à la récession ces derniers mois) et que le sous-investissement dans les infrastructures devient un problème pour les industriels allemands eux-mêmes.

Seule réalisation concrète et récente de l’Union Européenne, et non des moindres (!) : l’union bancaire et le 1er audit réalisé cette année par la BCE de 131 banques européennes. Ces stress tests se sont révélés positifs et éloignent les craintes systémiques. On peut du coup espérer que la transmission du crédit, bloquée depuis 6 ans, reprenne, aidée aussi par les prêts quasi-gratuits de la BCE aux banques (pour €400Mrd). L’offre est là : mais il est difficile d’imaginer à court terme une forte demande de crédit des entreprises et des ménages européens, au regard de la sinistrose ambiante et de l’absence de perspective positive à moyen terme. Le processus de reprise sera lent mais les autorités ne sont pas restées inactives !

USA – Après 6 ans, la FED a mis fin en novembre à ses programmes de rachats d’actifs. Cette politique non conventionnelle a porté à bout de bras les marchés financiers (records historiques des actions et taux d’intérêts au plus bas) et a probablement soutenu la reprise américaine (croissance de 4% au 3ème trimestre, chômage à 5,80%, investissements industriels en hausse).

La prochaine étape sera une 1ère hausse des taux, attendue mi-2015 (cela semble nécessaire dans une économie qui croît à 4% !), qui marquera le début de la normalisation monétaire et montrera la capacité de l’économie à avancer sans soutien. C’est l’interrogation majeure de 2015, source de volatilité sur les marchés : à chaque donnée macro-économique décevante les opérateurs risquent de regretter la présence de la FED et le retour aux fondamentaux pourrait être violent.

Asie et émergents – Au Japon, afin de soutenir une croissance et une inflation défaillantes, la Banque centrale a de nouveau augmenté son programme, déjà massif, d’assouplissement monétaire (équivalent à 15% du PIB). Les espérances des Abenomics retombent devant l’incapacité à faire repartir la consommation et l’inflation. Un exemple à méditer pour l’Europe…
Le ralentissement chinois, bien que relatif (croissance de 7%), a contraint le gouvernement à intervenir par une 1ère baisse de taux d’intérêts depuis 2 ans. Encore une fois, c’est la politique monétaire qui est utilisée.
Enfin et de façon plus globale sur les économies émergentes, il est intéressant de constater comme le concept de « BRIC » a fait long feu, tant ces pays semblent ne plus avoir beaucoup en commun dans leurs modèles et leurs perspectives. Ce qui n’ôte rien à l’intérêt d’investir dans les pays en développement, mais qui nécessite une analyse plus sélective qu’un concept (un peu) marketing. Ainsi, il convient de ne pas surestimer les faiblesses structurelles et le manque de compétitivité de certains. Notons par ailleurs que l’Inde, qui vient d’élire un premier ministre prometteur en matière de réformes, pourrait offrir des opportunités beaucoup plus attrayantes que la Russie de Poutine.

Marchés – Sur les actions, le violent aller / retour des marchés en octobre restera l’élément marquant de l’année. Attention, un tel scénario pourrait tout à fait se répéter en 2015, les marchés se sentant orphelins de la FED dans les moments de paniques.

Malgré cela, l’année 2014, devrait être un beau cru, tous les marchés étant positifs (en dehors de la Russie) : +12% aux Etats-Unis, +5% en Europe, +11% en Suisse à ce jour.

Sur les taux, la hausse semble probable mi-2015 aux USA. En Europe, à l’inverse, les seuils record pourraient encore être enfoncés, dans un contexte de faible inflation (0,4% ; loin des 2% cibles). La volonté de la BCE de donner des marges de manœuvres budgétaires aux gouvernements pousse les taux vers le bas. Rappelons que le Japon emprunte à 0,50% sur 10 ans, il y a donc probablement encore de la marge en Europe.

Attention cependant : si le marché arrêtait de croire à une solidarité européenne financée par la BCE, le Portugal, par exemple (mais aussi rapidement la France !), aurait du mal à justifier par les seuls fondamentaux de son économie, son taux d’emprunt actuel de 2,80%. Pour mémoire ce dernier était monté à 15% avant les paroles rassurantes de Mario Draghi mi-2012.

Les marchés de taux conservent donc une assez forte asymétrie risque / rendement qui oblige à réfléchir à des stratégies de diversification, au sein de la classe obligataire comme dans l’alternatif, l’immobilier voire les actions.

Pour terminer sur une note positive, le prix du pétrole, malgré la situation géopolitique tendue, connaît une forte baisse (-30% depuis le début d’année), apportant un important soutien à l’économie mondiale. Aidés par le ralentissement chinois et des pays émergents, les prix de toutes les matières premières sont également en baisse. Même l’or ! Ce sont les signes d’une croissance mondiale décevante, mais qui apportent, à court terme, du pouvoir d’achat supplémentaire aux consommateurs occidentaux.

D’autant que, parallèlement, le dollar s’est apprécié de 10% face à l’Euro, pour le plus grand bénéfice des exportateurs européens. Cette bouffée d’oxygène, qui tient beaucoup aux discours de Mario Draghi, améliorera encore la balance commerciale de l’UE et de ses pays les plus exportateurs (Allemagne, Italie, France). La baisse tendancielle de l’euro, tant réclamée par nos politiques et économistes, semble avoir commencé. Mais attention à la réaction américaine qui ne laisse jamais très longtemps le dollar s’apprécier : le déficit commercial US a recommencé à se creuser ces derniers mois, parallèlement à l’appréciation de leur devise.

2015 sera, une fois de plus, une année à risques sur les marchés, entre ralentissement chinois, impactant les pays émergents producteurs de matière premières (Brésil, Russie), et marasme européen qui ne semble surnager que grâce à la parole de la BCE. Les Etats-Unis sont les seuls aujourd’hui à voir leur croissance s’accélérer mais attention à sa soutenabilité : les fondamentaux, longtemps oubliés derrière les milliards de la FED sont-ils aussi robustes qu’espérés : temps partiels contraints au plus haut historique, marché immobilier toujours atone, explosion des inégalités sociales, paralysie législative… Enfin, les hausses des taux américains ont été historiquement accompagnées de violents mouvements baissiers sur les marchés actions.

Le court terme nous paraît donc incertain. Mais les entreprises, même européennes, affichent des bilans solides. Accompagner la croissance économique à moyen terme, au travers des leaders mondiaux ou des « disrupteurs à succès », paraît, plus que jamais, une stratégie pertinente pour investir dans un monde :

  • toujours en croissance, mais plus lentement que dans le passé,
  • où la croissance américaine pourrait… décevoir,
  • où l’Europe, à l’arrêt, s’est donné les moyens d’une forte stimulation monétaire dont on espère des conséquences économiques positives, malgré une gestion politique désastreuse,
  • où l’Afrique affiche un taux de croissance en accélération, tiré par sa demande intérieure.

Enfin, on ne pourra que souligner de nouveau :

  • le retard des marchés actions européens par rapport aux USA,
  • la durée historiquement longue de la hausse du marché américain,
  • L’importance des liquidités, qui ira croissant (Japon et Europe), à la recherche de rendement dans un monde à taux 0.