2ème & 3ème trimestres 2015

RETOUR

août 2015

Art au zénith

Les prix hors du commun fusent depuis 2011 sur le marché de l’art. Le phénomène va en s’accélérant : les « consommateurs » d’art moderne et contemporain font une course à l’œuvre qui réunira le plus de superlatifs possibles : la plus importante, la plus grande, de la meilleure période par le plus grand artiste… Illustrations : en 2011, Les Joueurs de cartes, de Paul Cézanne, aurait été vendu en transaction privée pour $250M. En novembre 2013, aux enchères, un triptyque de Francis Bacon est parti pour $142M. En février 2015, un Gauguin aurait été cédé pour $300M.

Les ventes d’art impressionniste, moderne et contemporain de New York, qui se sont achevées jeudi 14 mai, ont dépassé les $2Mrd, soit 4% de la totalité des échanges d’œuvres d’art de l’année précédente dans le monde, estimée à $58Mrd. Le tout a été couronné par un nouveau record mondial pour un tableau vendu aux enchères : $179,4M (€160M) obtenus chez Christie’s pour Les Femmes d’Alger de Picasso (L’huile du maître espagnol s’était vendue une première fois en 1997 pour $31,9M (€28M). Pour qui en doutait, l’art est définitivement devenu un placement qui, s’il est parfois risqué, peut aussi s’avérer très rentable.

La 46ème foire d’art de Bâle confirme que la bulle de l’art contemporain n’a pas éclaté, bien au contraire. L’affluence et les importantes transactions témoignent de la vitalité du marché, mais aussi du leadership mondial d’Art Basel. Le ton a été donné dès le début de la semaine, avec des ventes record, en un temps, lui aussi record, comme cette pièce de Christopher Wool, vendue dès la première demi-heure d’ouverture, par la galerie new-yorkaise Van de Weghe, pour un montant de $5,5M. Aux nombreux clients américains se joignent désormais les clients asiatiques. On peut sûrement y voir l’effet du développement à l’international de la marque « Art Basel » à Miami en décembre et à Hong-Kong en mars.

Paris reste un marché de l’art étroit, en dépit d’une offre muséale incomparable. Avec €1,25Mrd l’an dernier, il pèse moins que les grandes ventes d’art impressionniste, moderne et contemporain réalisées en quelques jours par Christie’s et Sotheby’s à New York. Le bilan du premier semestre 2015 en apporte une preuve supplémentaire : il n’y a pas de place pour un quatrième acteur d’envergure à Paris. Christie’s, Sotheby’s et Artcurial réunis pèsent €354M, quand les 75 maisons de vente de Drouot réalisent un chiffre d’affaires de €186M !

Face à la puissance des maisons de vente anglaise et américaine, multiséculaires, la jeune société française, créée en 2002 (dans le giron du groupe Dassault), performe en particulier dans les spécialités où elle s’est engouffrée la première : la voiture de collection, qui pèse €46M, mais aussi la BD, le design, les sacs de luxe, segments pour lesquels Artcurial se flatte d’avoir été copié par ses aînés. De même, ses vacations dédiées à une clientèle plus jeune et moins aisée sont dupliquées sous l’intitulé Interiors pour Christie’s ou Now ! pour Sotheby’s. Et Sotheby’s New York s’est lancé pour la première fois, en janvier, avec RM Auctions dans des ventes d’automobiles classiques à Paris, lesquelles ont rapporté €19,5M.

Le second semestre s’annonce extrêmement concurrentiel pour ces trois acteurs. Sotheby’s dispersera de belles collections de livres et manuscrits, de mobilier français et anglais, de jades et bronzes anciens chinois. Christie’s va mettre aux enchères un millier de lots de la collection Remilleux. Et Artcurial, qui s’est beaucoup internationalisé, avec ses bureaux à Milan, Bruxelles, Vienne et Munich, entend bien « rabattre » l’essentiel de la marchandise ainsi dénichée, à Paris. La maison française va même organiser sa première vente à Hong Kong début octobre.

Ce rapide tour d’horizon mondial démontre la vigueur indéniable du marché de l’art, son organisation quasi oligopolistique, mais aussi la probable spéculation qui doit inciter à la prudence. Le plaisir doit rester un critère essentiel, car les fluctuations qui ne manqueront pas d’arriver un jour ou l’autre, pourront en obliger certains à
conserver leurs œuvres beaucoup plus longtemps que prévu ! Il est évident aussi que les œuvres d’exception conserveront une valeur patrimoniale quand d’autres souffriront bien davantage. Ne soyons pas pour autant des Cassandre, la création de richesse dans le monde se poursuit à un rythme effréné, moteur principal de cette hausse vertigineuse. La financiarisation de l’art, en forte croissance (fonds art, voitures de collection…..etc) en est également un autre, plus suiveur que moteur cependant.

Mais ne serait-ce pas aussi un indicateur avancé ?……

Immobilier – Valeur intrinsèque

C’est au Royaume-Uni et en Israël que les prix de l’immobilier neuf sont les plus élevés, suivis par la France et la Suède. Ainsi, en 2014, il fallait compter 14 089€/m² en moyenne dans le centre de Londres, contre 10 266€/m² à Paris. A l’inverse, c’est à Porto que l’on trouve les tarifs les moins chers : 860€/m². Mais les plus fortes évolutions de prix dans l’immobilier résidentiel neuf sont enregistrées en Irlande (+31,7% en 2014 par rapport à 2013), en Israël (+25,6%) et au Royaume-Uni (+21,6%).

Pays le plus cher d’Europe pour l’immobilier résidentiel neuf, le Royaume-Uni détient aussi la palme du mètre carré de bureau haut-de-gamme le plus élevé du monde, selon l’étude semestrielle «Global Prime Office Occupancy Costs» de CBRE. C’est d’ailleurs la seule ville du continent européen à intégrer le haut du tableau, les quatre autres villes les plus chères du top 5 se situant toutes en Asie. Avec un coût d’occupation de 2 598€/m2/an, les bureaux de la capitale britannique devancent ceux de Hong Kong, et leurs 2 471€. Suivent Finance Street et le Quartier central des affaires, à Pékin, ainsi que Connaught Place, à New Delhi, qui ne dépassent pas la barre des 2 000 €/m2/an.

Et Paris dans tout ça ? Les bureaux prime de la Ville lumière intègrent la troisième place européenne, avec un coût de 1 001 €/m2/an, derrière Moscou (1 245 €). Au niveau mondial, la capitale prend la 17ème place. Enfin, parmi les 127 marchés immobiliers audités, les 50 classés « les plus chers » se partagent entre l’Asie (qui place 20 pays), l’Europe (19) et les Amériques (11).

Dans l’Hexagone, le marché du logement ancien est plus dynamique qu’en 2014 : 707 000 transactions ont été réalisées entre le 1er juillet 2014 et le 30 juin 2015 (+2,3%). Mais la reprise demeure fragile.

A Paris, comme d’ailleurs sur de nombreuses autres grandes places internationales (cf article Market – juin 2015 – http://www.mj-et-cie.com/fr/project/market-juillet-2015), les acheteurs non-résidents, étrangers et français expatriés, reviennent sur le haut de gamme, constatant que les prix y sont redevenus attractifs (baisse des prix et surtout de l’Euro) et que les opportunités d’acquisition sont plus nombreuses. Pour autant, cette embellie ne profite pas à l’ensemble du marché. Les biens immobiliers familiaux, dont la valeur oscille autour de €2M, sont encore âprement négociés. En revanche, les biens dont le montant est compris entre €2M et €20M semblent de nouveau aiguiser l’appétit des acquéreurs.

Si les acheteurs d’immobilier de prestige parisien sont en grande majorité français, les étrangers ne cessent de progresser dans l’accaparement du « gâteau » parisien. Plus les prix des biens augmentent, plus le nombre d’étrangers se portant acquéreurs croît, pour atteindre 91,7% lorsqu’ils dépassent les €7M. Ces nouveaux acheteurs viennent essentiellement d’Asie et du Moyen-Orient.

Selon les professionnels du secteur, le retour de ces deux types de clientèle devrait permettre au marché de connaître une reprise cette année, aidée par le niveau des taux. Les « oracles » prédisent que les prix devraient néanmoins continuer de baisser jusqu’à toucher un point bas en septembre, avant de rebondir dans le sillage des transactions.

Bien qu’attractive, la capitale française l’est cependant moins, en matière d’évolution, que San Francisco, qui a enregistré un boom de 62 % des ventes supérieures à $1M, assorti d’une hausse des prix de 17,2 %.

Selon un classement des villes les plus attractives en termes d’immobilier de prestige réalisé par Daniel Féau et Christie’s International Real Estate, viennent ensuite Los Angeles, Miami, New York, Londres, et Toronto.

Mais au-delà de ces phénomènes, liés à l’émergence de grandes fortunes dans le monde, les marchés immobiliers (car il faut bien parler de marchéS et non d’un marché) montrent encore de grandes disparités, d’une classe à l’autre, d’un pays à l’autre, en prix comme en évolution, biaisées tant par les fluctuations des changes que par les taux d’intérêt, ainsi, bien sûr, que par la conjoncture propre à chaque pays. Dans un tel contexte, l’investisseur doit impérativement maintenir une grande exigence sur la valeur patrimoniale intrinsèque des biens acquis.

Marchés financiers – Les pieds sur terre

Le second trimestre se terminait calmement sur les marchés, toujours en hausse après un premier trimestre exceptionnel. L’environnement économique était en amélioration constante en Europe et les craintes se portaient sur les ralentissements chinois et américains. Mais une fois de plus les européens ont connu un psychodrame bruxellois.

Nous n’allons pas revenir ici sur la Grèce, tout a été dit : aucun des problèmes de fonds du pays n’a été réglé, personne n’a abordé la question centrale des dettes publiques, les dures négociations pourraient avoir fortement ébranlé la construction européenne et au final le sujet reviendra dans 3, 6 ou 12 mois. Nous avons juste gagné du temps, pour passer une fin d’été plus tranquille sur les marchés.
D’ici la prochaine négociation bruxelloise, concentrons-nous donc sur les fondamentaux.

En Europe, en espérant que la pantalonnade grecque n’ait pas trop freiné l’activité dans les pays du Sud, tous les signaux sont au vert : le retour de la croissance se confirme, portée par la consommation et l’essor du crédit. Les réformes commencent à porter leurs fruits au sud et l’optimisme est clairement de retour. Pas d’euphorie toutefois, si la croissance est positive elle n’est pas encore suffisante pour faire refluer le chômage ni pour équilibrer les budgets des Etats.

La bonne nouvelle de ce second trimestre est la double faiblesse durable de l’Euro (le dollar est soutenu par les hausses de taux d’intérêts à venir aux Etats-Unis) et du pétrole (sous les $60, l’accord avec l’Iran devant à terme augmenter les capacités mondiales de production). Les entreprises européennes sont fortement soutenues par cette nouvelle donne, les perspectives pour 2015 sont positives. Ainsi, une fois la crise grecque de côté, les actions ont vite rebondi et sont toujours très positives sur 2015 (Euxostoxx50 +17%, CAC 40 +20%).

Aux Etats-Unis, après un premier trimestre très décevant comme souvent pendant l’hiver (fortes perturbations météorologiques), l’activité a été soutenue ces derniers mois et les effets de la baisse du prix du pétrole se font enfin sentir sur la consommation. Même si nous attendons toujours une hausse plus soutenue des salaires, le chômage est au plus bas et la construction immobilière au plus haut depuis 2008. Nous nous rapprochons donc enfin de la première hausse des taux d’intérêts de la banque centrale américaine et du début de normalisation monétaire.

Ses conséquences sont aujourd’hui difficiles à appréhender : l’annonce de la hausse est anticipée depuis deux ans grâce à une communication maîtrisée de la FED. Mais jamais le cycle de hausse n’a été aussi long à revenir : nous venons de connaître huit années de taux à 0. Comment vont réagir les marchés ? Les distorsions de prix (bulles obligataires et immobilières ?) vont-elles se corriger doucement ? Ou allons-nous connaitre des mouvements erratiques, comme en 2013 sur les dettes des pays émergents (déclenchés justement par les premières anticipations de hausses de taux US) ?

Le retour aux « vrais » prix de marché peut être violent : nous l’avons vécu ce printemps, dans une relative indifférence, en Europe, avec un krach obligataire sans précédent. Portés par les interventions de la BCE, les taux 10 ans ont atteint des niveaux invraisemblables : 1.05% en Espagne, 0.25% en France et moins de 0.10% pour l’Allemagne. Il a suffi d’un chiffre positif d’inflation (c’est l’objectif de la BCE qui combat depuis un an la déflation) amenant à se demander si la BCE allait continuer ses achats de dettes, pour voir ces taux remonter en 10 jours : l’Allemagne à 0.8% (soit x 10 !), la France à 1.10% ou l’Espagne à 2%. Même s’ils restent faibles, car la BCE est toujours là pour contenir la hausse, une telle correction est du jamais vu !

Mais cela peut être un indice pour la suite : la fin des manipulations de prix et le retour à la réalité se font rarement en bon ordre.

Le marché américain, devant ces incertitudes, est resté calme ces derniers mois (+3% en 2015), attendant prudemment les décisions de la FED.

A l’inverse il reste toujours une autre banque centrale très active : la Banque du Japon. Elle achète des obligations du gouvernement japonais mais aussi directement des actions ! Résultat sans surprise, +23% pour la bourse de Tokyo, meilleure performance de l’année 2015.

Bulle toujours, en Chine maintenant. Les autorités chinoises, dans un contexte de ralentissement général de la croissance et d’un marché immobilier sous perfusion, ont trouvé un moyen très efficace de créer rapidement de la richesse : la bourse. Une série de mesure fin 2014 a libéralisé l’accès aux marchés actions de Chine continentale pour les investisseurs particuliers chinois. Mesures très efficaces, puisque la bourse de Shanghai a rapidement connu une hausse de 150%… Devant le casino qu’elles venaient de créer, les autorités ont rapidement réagi en imposant quelques contraintes d’investissements, entrainant un krach de -25% en un mois… Obligeant ainsi la suspension de la moitié des valeurs cotées et l’intervention des banques publiques pour racheter les actions des entreprises d’Etat cotées. Si au final il n’y a pas eu de panique sur les autres places boursières asiatiques, cela montre que le système financier reste le talon d’Achille de la Chine et que son intégration au système financier international, loin d’être acquise, sera graduelle.

Cette tentative désordonnée de création artificielle de richesse est une des armes utilisées ces derniers mois par le pouvoir chinois, pour tenter de conjurer le ralentissement de la croissance. Toujours officiellement à 7% (soit à la virgule près l’objectif fixé par Pékin), elle est fortement soutenue par des injections massives de liquidités de la banque centrale et des mesures de soutien à l’immobilier et à l’investissement. Pour l’instant, tout semble sous contrôle, même si aucun chiffre indépendant n’est disponible. A suivre donc avec une grande attention !

Dans un tel contexte, la volatilité est de retour. A mesure que les interventions des autorités publiques (américaines, britanniques et suisses dans un premier temps) se font moins fréquentes pour soutenir les prix des actifs, les mouvements de marchés se font plus violents. C’est pourquoi il conviendra de rester vigilant dans les prochaines semaines, face à la première hausse des taux américains.
Ce retour à la normale sera un des thèmes principaux sur les marchés. Il ouvre probablement des perspectives de valorisation plus soutenable, mais avec, très certainement, d’importants « soubresauts ». Il faut rester concentré sur les fondamentaux à moyen terme, la croissance des bénéfices, la hausse de la demande, les prix des matières premières (faibles), autant de vecteurs de hausse saine des valorisations des actifs.

Au final, la mauvaise allocation des capitaux permise par des taux 0 pendant des années a probablement créé des bulles et des valorisations incohérentes sur certaines classes d’actifs : les violentes corrections observées récemment peuvent se multiplier à travers la planète. Sans parler des incertitudes géopolitiques. Mais des actifs de qualité existent toujours, réels comme l’immobilier, ou financiers comme les actions européennes exportatrices ou les « small-mid cap » tournées vers la consommation européenne. Les valorisations sont élevées aujourd’hui mais la qualité résistera toujours mieux dans un environnement incertain et volatil.

Au-delà des prises de profits régulières qui doivent rythmer toute saine gestion, surtout dans des périodes comme ce premier semestre, l’investisseur doit donc s’attacher à identifier quelques grandes tendances de fonds à moyen terme. Et, comme dans l’immobilier, se concentrer sur la valeur fondamentale –patrimoniale- des investissements.

Les fluctuations de court terme ne répondent trop souvent qu’à une « émotion irrationnelle » du marché, que les fondamentaux corrigeront tôt ou tard……