1er trimestre 2017

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avril 2017

Art – asiatique, sélectif… secret !

Le produit des ventes d’art aux enchères dans le monde s’est élevé à $12,5Mrd en 2016 contre $16,1Mrd l’année précédente selon Artprice.

Principale cause, la chute des transactions de plus de $10M, passées de 160 à 80. Une pénurie qui a entamé les recettes des places de New York (-43 %) et Londres (-30 %), spécialistes de ces ventes de prestige. Sur tous les continents, il y a un attentisme des vendeurs qui jouent sur la raréfaction des chefs d’œuvres et la demande des musées, principaux acheteurs. A l’Est comme à l’Ouest, l’objectif principal a été de consolider le cœur du marché, au détriment d’une nouvelle course aux records. Signe de la consolidation en cours, la gamme des prix inférieurs à $50 000 présente la plus nette progression et constitue à présent 96 % du marché en Occident.

La Chine est redevenue en 2016 le leader du marché mondial des enchères de fine art (art classique, impressionniste, moderne et contemporain, à l’exclusion des objets d’art et antiquités). Profitant de la baisse du produit des ventes en Occident, elle réalise un chiffre d’affaires de $4,8Mrd (-2%), soit 38 % des enchères mondiales. Six maisons de ventes chinoises figurent désormais dans le Top 10. Le marché chinois repose sur la calligraphie et la peinture traditionnelles (92 % des lots et 81 % du produit des ventes). Toutefois, l’art contemporain profite de l’essor de Hong Kong, devenue une place incontournable. Désormais numéro 2, les Etats-Unis ont enregistré un produit de ventes de $3,5Mrd, soit 28 % du marché mondial. La Grande-Bretagne est en 3ème position avec 17 %. Si le résultat des ventes est en repli dans ces deux pays, le nombre de transactions y est en hausse de respectivement 24 % et 27%. La France conserve sa 4ème place avec €579M, soit 5% du chiffre d’affaires mondial.

Un chef-d’œuvre de l’impressionnisme, La Meule (1891) de Claude Monet, détient le record d’adjudication 2016 à $81M. Du côté de l’art ancien, Loth et ses filles de Rubens a atteint $58M lors d’une vente à Londres. Quant à l’art moderne, le record 2016 est détenu par Kandinsky, avec Rigide et courbé (1935) vendue $23M à New York. Pour l’art contemporain enfin, un collectionneur japonais a déboursé $57M pour un Basquiat, un chiffre très proche du record absolu détenu par Jeff Koons depuis 2013 avec Balloon Dog ($58M).

Dans le même temps, l’activité des marchands aurait bondi de 20 %. Les transactions privées représentent désormais 62,5 % du marché. Comment expliquer cette soudaine inversion de tendance ? Par le besoin de discrétion et d’anonymat en période d’incertitude économique et politique. Les collectionneurs rechignent à mettre leurs œuvres aux enchères par crainte de les voir rester sur le carreau. Une pièce qui ne trouve pas preneur à l’encan est « grillée » pour quelques années : impossible de la proposer de sitôt. Surtout, depuis un an, les maisons de vente ont nettement réduit les services financiers dont ils gratifiaient les vendeurs.

Chez Christie’s, alors que le produit des ventes aux enchères a chuté de 22 %, celui des transactions privées a progressé de 25 %, grâce notamment aux deux tableaux de Rembrandt vendus conjointement au Louvre et au Rijsksmuseum d’Amsterdam. Quand le marché est fort, avec une offre abondante et des acheteurs nombreux, les marchands disparaissent du panorama. Mais en période d’instabilité, un marchand hyperspécialisé, qui connaît ses clients, rassure davantage.

Ces analyses restent à tempérer. La situation diffère grandement entre galeristes, entre poids lourds de la profession et débutants. 27 % des marchands qui gèrent seuls leur activité ont fini l’année 2016 sur des pertes. Ceux qui disposent de plus de 10 collaborateurs espèrent voir leur chiffre d’affaires progresser de 30 % en 2017, quand leurs collègues de taille intermédiaire sont moins confiants.

Les chiffres avancés sont aussi à prendre avec des pincettes car si les enchères sont publiques, les transactions de gré à gré sont secrètes et opaques. Et il se dit qu’elles représenteraient bien davantage que ce que l’on parvient à en savoir !

Enfin, le basculement en faveur des marchands est peut-être temporaire. Les maisons de ventes ont déjà commencé à redresser la barre, comme l’attestent les excellents résultats enregistrés par Sotheby’s et Christie’s à Londres, fin février. En une semaine de vente d’art impressionniste, moderne et surréaliste, Sotheby’s a récolté €225M, son record dans la capitale britannique.

Alors simple respiration, assainissement ou véritable inversion ? La rareté a permis de maintenir les prix, en particulier sur l’exceptionnel. A qui cela profite-t-il ? La création de richesses demeurant forte, il ne parait pas insensé d’imaginer qu’une telle gestion « organisée » des prix puisse être le socle permettant une reprise de la tendance constatée au cours de la dernière décennie. …..

Actif (marché) immobilier

Tandis que les grands de ce monde, réunis à Davos, évoquent le repli sur soi et la fin de la mondialisation, les grandes fortunes internationales sont les nouveaux nomades du 21ème siècle, résidant entre plusieurs pays, voire plusieurs continents.

La bonne nouvelle, c’est que Paris figure en 5ème position des villes les plus recherchées par ces globe-trotteurs exclusifs. Après les années noires que furent 2012-2014, l’immobilier de prestige en France est de nouveau en grande forme grâce à une conjoncture redevenue favorable. Taux d’intérêt au plus bas historique, parité euro/dollar optimale pour les étrangers, prix plus raisonnables et coup d’arrêt des réformes fiscales pour les Français : le temps est au beau fixe sur ce segment qui attire les convoitises de nouveaux acteurs, pour beaucoup étrangers, mais voit aussi les Français revenir en force. On murmure que le Brexit a poussé de nombreux français résidents UK à redevenir propriétaires à Paris……

Cependant, en 2016, c’est toujours la capitale britannique qui reste la ville la plus convoitée par les 212 615 UHNWI (contre 100.000 en 1995 !), représentant 12 % des richesses de la planète… Richesses qu’ils investissent à hauteur de 9 % dans de l’immobilier haut de gamme. Londres se hisse sur la plus haute marche du podium, grâce entre autres, à sa 1ère place en matière de richesse culturelle, d’investissement à « risque limité » et d’infrastructure des transports aériens. La bonne performance de ses meilleures universités a également joué. Conséquence directe de cette attractivité, le rapport qualité-prix des biens immobiliers de luxe est presque le pire du classement (49ème sur 50). Mais dans cet univers, c’est également l’un des derniers critères pour l’acheteur potentiel ! Aidé par une situation internationale instable qui incite les riches résidents des zones tourmentées à organiser des « bases arrières », le Brexit ne semble pour l’instant avoir eu qu’un impact limité. Les investisseurs considèrent d’ailleurs la baisse du Sterling comme une opportunité ! Il est probable qu’il faudra attendre de connaître les modalités précises du départ du Royaume-Uni et leur impact sur l’économie UK pour évaluer plus complètement la situation. Selon certains, un « Brexit dur » pourrait ainsi drainer à Paris près de 20 000 banquiers (lobbyist group Europlace) ! Et qu’en serait-il de Francfort, du Luxembourg ou… de Varsovie ?

Investir dans un monde où la géopolitique est incertaine (élections en Europe, interrogations sur les effets de la politique de Trump à la fois sur les marchés matures et émergents), devient particulièrement complexe : marché chinois « Tier-1 » très cher (en contraste avec des marchés secondaires), prix plus stables pour Dubaï, mais sévère baisse des valeurs des logements au Qatar… Une reprise serait-elle en cours dans les émergents ? Il est permis d’en douter, si l’on observe l’exemple du marché brésilien et de sa « classique » récession.

Dans le tertiaire français, l’année 2017, s’annonce stable en matière de volumes traités, à €23,5Mrd, selon les premiers chiffres du Crédit Foncier. Derrière ce chiffre, se cache une réalité qui ne change pas (et constitue un handicap compétitif de Paris face à d’autres métropoles) : l’immobilier de bureau est un marché de réhabilitation, non de construction.

Les faibles taux d’intérêt permettent encore un écart d’environ 200bp entre les taux d’intérêt sans risque et les rendements de cash générés par les actifs. Mais les écarts se sont réduits ces derniers mois, en particulier pour les actifs prime.

Dans le commerce, où les fonds d’investissement réalisent plus de la moitié du marché (en baisse cependant de 17% à €2,4Mrd), l’Ile de France s’est taillée la part du lion, qui a concentré 53 % des investissements en 2016. À l’inverse, les compagnies d’assurances, en quête – désespérée – de rendement, accélèrent : leurs acquisitions sont passées de €450M à €615M, soit 16 % des transactions.

Lorsque les boutiques se mettent au Airbnb…

Evolution ou véritable révolution, toujours est-il que le site anglais Appear Here se développe désormais dans nos contrées. Cette start-up repose sur le même concept de réservation en ligne d’espaces commerciaux éphémères. En l’espace de 3 ans, la société a permis le lancement de 2 500 initiatives de pop-up stores outre-Manche et sur la seule année 2016 ce concept a séduit 400 projets pour une durée moyenne de location de 3 semaines à Paris. Le concept est utilisé à 30 % par des marques établies souhaitant disposer d’une boutique éphémère et à 70 % par des indépendants et des créateurs. Du côté des propriétaires, tout comme les locataires, les profils et motivations sont très variés. Certains, disposant d’emplacements très recherchés, font le choix de se concentrer sur ces locations éphémères, qui comme les locations touristiques peuvent se révéler très lucratives. Parfois aussi, les bailleurs sont en attente de transformations et essaient de tirer des revenus de leurs biens avant les travaux, tandis que d’autres ne parvenant pas à louer leur local utilisent cette formule pour maintenir une activité et éviter de laisser leur propriété se déprécier. C’est ainsi que plusieurs boutiques prévues pour le centre commercial à ciel ouvert « La jeune rue », qui n’a jamais vu le jour, rue du Vertbois (3ème arrondissement) se retrouvent actuellement disponibles sur Appear Here.

Un « prime » international et domestique en effervescence, un tertiaire européen qui semble ignorer le Brexit ou les prochaines échéances électorales, des approches disruptives dans certains segments comme le commerce. L’immobilier, prisé comme jamais pour ses qualité « d’actif réel », mais également de rendement face aux taux 0, est, lui aussi, au cœur d’une transformation où la mondialisation, la géopolitique et la révolution numérique semblent les moteurs d’un avenir, comme ailleurs, incertain mais, sans aucun doute, plein d’opportunités !

Marchés financiers – Ecouter les oracles ?

Santé et euphorie

Le début de l’année 2017 voit l’euphorie se prolonger : les indices américains ont tous battu leurs records historiques, et même le CAC 40 a franchi le cap symbolique des 5.000 points. L’effet Trump perdure et semble anesthésier les risques, comme le démontre une volatilité au plus bas.

Les promesses du président US semblent éloigner les craintes de déflation et nourrissent l’enthousiasme général. Les perspectives économiques mondiales sont positives : hausse des créations d’emplois et de la croissance économique, diminution du risque de déflation, hausse des marges des entreprises.

Aux Etats-Unis encore, le cycle de hausse des taux est enclenché, reflétant la bonne santé de l’économie et l’absence de chômage (4.7%) : la FED a relevé (après beaucoup d’hésitation tout de même) son taux directeur en mars, et prévoit 2 nouvelles hausses en 2017.

Dans le même temps, l’Euro rebondit légèrement face au dollar, pour une raison essentiellement : la situation macro-économique du vieux continent continue de s’améliorer, tous les indicateurs sont au vert, le chômage reflue, le crédit et l’investissement s’améliorent, la croissance et les profits des entreprises également !

Enfin, le risque de déflation parait s’éloigner. En effet, expansion budgétaire aux USA et accélération économique en Europe redonnent de la vigueur au thème du retour de l’inflation, tant espérée par les banques centrales. Associé à un rebond des prix des matières premières, l’inflation parait effectivement s’approcher des objectifs de 2%.

Risques politiques

Mais face à une telle euphorie, il est indispensable de rappeler que les risques politiques, des deux côtés de l’Atlantique, et le manque de visibilité économique qu’ils impliquent, constituent une épée de Damoclès que nul ne peut ignorer.

Côté américain :

  • la combinaison entre hausse des taux par la FED et promesses « trumpiennes » non tenues pourrait contrarier des marchés valorisés à des niveaux élevés, qui ont largement anticipé baisse des impôts et plan de relance budgétaire.
  • Le désaccord entre le Congrès et la Maison Blanche sur le retrait de l’Obamacare est une alerte forte…. qui démontre que les promesses de campagne ne seront pas simples à mettre en place, alors que les investisseurs espèrent qu’une large partie des mesures seront votées par le Congrès avant septembre !

Côté européen :

  • A court terme, la France est le point d’interrogation. Les investisseurs, échaudés par les précédents, britannique et américain, attendent l’élection présidentielle (et législatives !) avec anxiété. La tension sur les taux français, leur écart avec les taux allemands, reflètent ce stress.
  • Au-delà de l’élection présidentielle française pourrait demeurer une forte incertitude politique liée à la capacité du nouvel élu à constituer une majorité parlementaire solide.
  • Enfin les échéances électorales allemandes après l’été, si elles ne semblent pas devoir apporter de menace sur le bloc €, porteront leur part d’incertitudes néanmoins.

Enjeu des taux

Paradoxalement, l’autre source de crainte vient de la hausse des taux. Si ce mouvement est salué par les marchés dans un premier temps, confirmant la sortie de déflation du monde occidental, et perçu comme une réponse aux tensions salariales aux USA, il fait aussi craindre que les économies ne supportent pas la vigueur de ce renchérissement du prix de l’argent : stabilisation à 2,5% pour le 10 ans US (venu de 1,4%), remontée à 0,5% (contre -0,2%) pour le 10 ans allemand et 1% (contre 0,1%) pour le français !

Certes, ces mouvements peuvent apparaitre significatifs en proportion, mais il faut raison garder sur des chiffres qui demeurent historiquement bas. D’autant qu’en Europe, la situation budgétaire des Etats (hors Allemagne) ne permettra pas une hausse importante. Cela mettrait à mal le travail de la BCE de ces dernières années (donner de la marge budgétaire aux gouvernements via des rachats de dettes). Il est donc peu probable que la banque centrale laisse l’Italie emprunter à 4% (contre 2.3% aujourd’hui). Le mouvement récent correspond plutôt à une correction des excès de 2016, qui a vu des taux négatifs en France et en Allemagne et l’Italie et l’Espagne emprunter sous les 1%.

Une inflation élevée ne pourra venir que par des hausses de salaire, Or, même s’il diminue, le taux de chômage sur le vieux continent rend toujours peu probable une inflation salariale à court terme. Contrairement aux Etats-Unis….

Dégonflement des bulles :

Dans les prochains mois, la question de la normalisation des taux d’intérêts est centrale : la création monétaire depuis 2008, à des niveaux jamais atteints dans l’histoire, a poussé les prix des actifs (actions, obligations, immobilier) à des sommets. Mais aujourd’hui personne ne sait comment les acteurs économiques et financiers réagiront à la fin des taux 0. Ce risque, qu’essaye de piloter la FED par une remontée très progressive de ses taux directeurs, est difficilement quantifiable en l’absence de précèdent historique et oblige à rester prudent : le monde s’est habitué à l’argent gratuit, attention au sevrage !

En conclusion,

Les incertitudes politiques et la valorisation élevée du marché doivent mener à la prudence sur les expositions outre-Atlantique.

En Europe, à court terme, il est difficile de ne pas se protéger d’un vote anti-européen en France : la perspective d’un éclatement de l’Euro, bien que très hypothétique, serait ravageur sur les actifs européens (actions et dettes).

A moyen terme, passé le stress des élections françaises, et peut être les incertitudes allemandes, les marchés européens, en retard depuis 18 mois par rapport aux marchés US, semblent toujours avoir un potentiel de rebond : la situation économique est bonne, les marges des entreprises augmentent, les conditions sont réunies pour un rebond des actifs européens, une fois l’horizon politique dégagé.

Cependant, la question à laquelle il sera le plus difficile de faire face en matière d’investissement, sera celle de la fin de l’argent gratuit et de son impact sur la valorisation des actifs….. La volatilité en sera l’une des illustrations. L’investissement fondamental de long terme, l’une des clés.

Dans sa lettre de février, « l’oracle d’Omaha » (W.Buffet) a annoncé avoir acheté plus d’un milliard de dollars d’actions Apple au cours de l’année 2016. Il affiche une confiance prudente dans la croissance économique américaine mais reconnait que des chutes sur les marchés financiers vont se produire, remettant au goût du jour l’une des citations dont il a le secret : « Soyez craintifs quand les autres sont avides, et avides quand les autres sont craintifs ».