1er trimestre 2017

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avril 2017

L’ère du « co »

L’entrepreneuriat est une aventure qui se vit à plusieurs…

On parle désormais de «hacker houses», «coliving» : des lieux où entrepreneurs, informaticiens, développeurs, designers, codeurs, graphistes, journalistes, «digital nomades», vivent et travaillent à la fois, partageant savoirs, compétences, réseaux et moments de convivialité. Ces travailleurs indépendants, nés dans le sillage de la révolution numérique, très mobiles, n’hésitent pas à passer d’un espace de coliving à un autre. Derrière ce nouveau mode de vie, ils expriment aussi une volonté d’innover, de construire un monde différent, qu’ils espèrent plus durable et plus solidaire.

Car nous sommes dans l’ère du «co» : coworking, coliving, communauté, coopération, collaboration, cocréation. On ne se contente plus de travailler côte à côte, mais on partage aussi des moments du quotidien qui favorisent les échanges.

Le nombre d’espaces de coworking et de coliving augmente tous les ans. On en compte 10 000 dans plus de 70 pays. Les personnes qui les utilisent partagent des valeurs d’entraide, d’ouverture, d’expérimentation et forment des communautés plus ou moins éphémères, tissant des liens à la fois professionnels et personnels, propices à la création et aux projets.

Une réaction au développement fulgurant des réseaux virtuels ?

Des ponts plutôt que des murs

En 2016, 35M de visiteurs étrangers se sont rendus au Mexique, soit une progression de 9 % en un an ! Ils y ont généré $19,5Mrd de revenus, soit un bond de 10 % par rapport à 2015. Les autorités mexicaines soulignent que, parmi ces étrangers, les citoyens des États-Unis sont, eux aussi, venus plus nombreux : 14,5M d’Américains ont choisi le Mexique pour passer des vacances, soit 700 000 de plus que l’année précédente !

Ces chiffres record ont offert aux autorités du pays une opportunité en or pour répondre à Donald Trump et à son décret sur la construction d’un mur le long de l’immense frontière entre les deux pays. En réponse à ce décret, le ministre mexicain du tourisme a choisi l’ouverture et enjoint à ses concitoyens de bien accueillir les touristes nord-américains, afin qu’ils viennent plus nombreux encore. Plutôt qu’un mur, ce sont des ponts que le Mexique entend ainsi bâtir avec le reste du monde.

Patrimoine universel ?

Dans les prochaines décennies, deux évolutions démographiques majeures vont affecter la transmission des richesses en France, selon le think tank France Stratégie.

D’une part, l’âge moyen auquel on hérite devrait continuer d’augmenter, de 50 ans aujourd’hui à 58 ans en 2050, ce qui freinera les transmissions aux plus jeunes générations.

D’autre part, le nombre de successions va, lui aussi, progresser, avec le décès de la génération baby-boom, plus nombreuse que les précédentes.

Du seul fait de l’évolution de la structure de la population et de l’augmentation du taux de mortalité, les transmissions annuelles reçues par les ménages pourraient représenter près d’un quart de leur revenu disponible en 2050, contre un peu moins d’un cinquième aujourd’hui et un dixième en 1990.

Pour faire face à ces enjeux, le think tank préconise de revoir la fiscalité en matière de libéralités, en favorisant les transmissions aux jeunes générations. Il propose ainsi de mettre en place un taux d’imposition calculé en fonction du patrimoine reçu au cours de la vie, en modulant celui-ci en fonction de l’âge du bénéficiaire. Une proposition de barème est exposée, avec une taxation qui s’élèverait, par exemple, à 10 % pour une personne recevant un patrimoine de 200 000€ après 40 ans, contre 5 % avant cet âge.

Le rapport de France Stratégie envisage également deux pistes : la subvention par l’Etat des dons effectué par les patrimoines les plus modestes au profit des moins de 40 ans (sur le principe €1 transmis = €1 subventionné) et la « dotation universelle de patrimoine », sorte de patrimoine reçu par tous à 18 ans et financé par… une hausse de l’impôt sur les transmissions.

Un air de campagne électorale !

Terra incognita

Les évolutions mondiales prennent parfois des directions inattendues !

Zealandia, c’est le nom proposé par un groupe de spécialistes de géosciences pour un septième continent auquel appartiendraient les îles nord et sud de la Nouvelle-Zélande et la Nouvelle-Calédonie. Ce nouveau continent serait situé dans l’océan Pacifique et submergé à 94 %. Telles sont les conclusions d’une étude parue dans la revue The Geological society of America (GSA Today). Cet article est, en fait, la synthèse d’anciennes recherches, vieilles pour certaines de plus d’un siècle, et des données satellitaires de ces vingt dernières années. Mis bout à bout, ces éléments permettent à Zealandia de remplir les critères nécessaires à la définition d’un continent.

Avec 5M de km2 (la taille de l’Inde), Zealandia, s’ajouterait donc à l’Amérique du Nord, l’Amérique du Sud, l’Afrique, l’Eurasie, l’Australie et l’Antarctique.

Crowdfunding…judiciaire

Le champ de l’investissement social et solidaire s’élargit grâce à de nouvelles plateformes soucieuses d’améliorer l’accès à la justice.

La plateforme de financement participatif britannique CrowdJustice vient d’accélérer son incursion sur le marché américain suite au décret anti-immigration de Donald Trump. Ayant déjà financé plus de 150 procédures au Royaume-Uni, CrowdJustice a en effet vu sa notoriété mondiale grimper en flèche en lançant un appel au financement des frais de justice des frères Aziz. Ces deux jeunes Yéménites se sont vus refuser l’accès au territoire américain à leur arrivée à l’aéroport de Dulles en Virginie. Au 31 janvier, près de $37 000 avaient déjà été collectés auprès de 650 donateurs.

Si ce mode de financement des procédures judiciaires apparaît encore inhabituel en Europe, son apparition paraît plus logique aux Etats-Unis, berceau des class actions.

En France, ce mode de financement des litiges connaît un développement timide. La première plateforme de crowdfunding de frais de justice, WeJustice, créée courant 2015, vise à rééquilibrer les rapports de force entre les parties dans un procès.

Si les acteurs sur le marché français ne manquent pas, ils semblent surtout reposer, à l’instar d’autres pays, sur des buzz médiatiques, comme l’exemple de CrowdJustice à l’échelle du marché américain peut en attester.

Entreprise, famille… conjoint

(Chaire Entrepreneuriat Familial et société – Audencia)

Si la transmission d’une entreprise familiale est souvent vue prioritairement sous un angle juridique et fiscal, les recherches menées sur le sujet montrent l’importance de l’environnement familial.

Aimer initier des projets, travailler en groupe, prendre des décisions rapides et intuitives, apprendre en faisant, communiquer efficacement, faire preuve de dynamisme, d’autonomie et d’optimisme, prendre des initiatives, persévérer, avoir le sens des responsabilités. Tous ces éléments définissent l’esprit d’entreprendre et se partagent au sein du cercle familial, qui constitue un contexte social particulièrement bénéfique à son développement.

Le conjoint du dirigeant occupe un rôle unique dans l’entreprise familiale : trésorier des valeurs familiales, facilitateur des communications familiales, extra-familiales et de successions réussies.

Du conjoint «invisible» au conjoint «partenaire de business» impliqué dans l’entreprise, le rôle du conjoint du dirigeant est primordial, comme le montre une étude récente conduite par la Chaire Entrepreneuriat Familial et Société d’Audencia (Nantes), avec la Chaire Familles en Entreprises de l’ICHEC (Bruxelles).

Les résultats de cette étude, conduite en France, en Belgique et au Luxembourg, révèlent que les conjoints des dirigeants d’entreprises familiales jouent un rôle central dans l’éducation des enfants et particulièrement dans la transmission de l’esprit d’entreprendre.

En France, les femmes représentent un tiers des indépendants et dirigeants salariés d’entreprise, les conjoints de dirigeants sont donc majoritairement des femmes.

Souvent plus présente auprès des enfants, l’épouse ou la compagne du dirigeant est la personne par laquelle transitent les informations relatives à l’entreprise, son quotidien et les responsabilités qu’elle implique. Elle contribue à façonner l’image de l’entrepreneur, préparant ainsi progressivement la prise de décision des enfants de poursuivre ou non l’aventure entrepreneuriale.

La transmission n’est donc pas simplement un processus technique entre cédant et successeur(s).

Très attentives à laisser le choix à leurs enfants, les femmes conjoints d’entrepreneurs les encouragent à révéler leurs propres talents, à explorer de nouvelles voies, à faire des études dans le domaine qui leur tient à cœur. Néanmoins, leur intervention et leur discours auprès des enfants n’est pas sans influencer ces derniers sur leur capacité à se projeter en tant qu’entrepreneur au sein de l’entreprise familiale… ou en dehors.

Des constats précieux pour enrichir la pratique des family offices, dont l’une des missions est de favoriser l’harmonie familiale et la pérennité transgénérationnelle d’un patrimoine, comprenant souvent des actifs industriels, mais aussi des composantes « immatérielles ».

Increvable capitalisme familial !

S’il y a un point sur lequel la France a tenu bon ces dernières décennies, c’est bien la résilience discrète de ses entreprises familiales. Pendant la crise, elles ont montré leur capacité à faire le dos rond et sont tout aussi présentes qu’auparavant. Elles sont à la fois prudentes et patientes, évitent les dettes pharaoniques, peuvent plus facilement réduire le dividende quand cela va mal et réagir vite. Le revers de la médaille est parfois une difficulté à prendre des risques pour assurer la croissance. BpiFrance confirme : les 200 entreprises familiales dont la banque publique est actionnaire ont eu ces dernières années un taux de défaillance deux fois plus faible que les PME classiques !

Au total, 143 entreprises familiales sont cotées à Paris. Ensemble, elles représentaient €445Mrd au 31 décembre 2016, soit 22 % de la place, un poids majeur assez spécifique aux pays d’Europe continentale. A cela s’ajoutent toutes les entreprises familiales non cotées, ainsi qu’une multitude de PME.

Une force qui reste à la merci de turbulences politiques ou fiscales. La transmission d’une génération à l’autre bénéficie certes d’un cadre fiscal favorable, grâce au pacte Dutreil qui permet aux héritiers de profiter d’un abattement de 75 % sur la valeur de la société, sous réserve de rester actionnaires pendant six ans. Dans trois cas sur quatre, les entreprises familiales tricolores qui changent de mains sont néanmoins vendues plutôt que transmises au sein de la famille.

(Agri)business argentin

L’agribusiness, qui prend en compte l’ensemble des opérations, de la fabrication à la distribution de produits agricoles, peut constituer un investissement de diversification « vertueux », mais il demeure particulièrement exposé au risque climatique.

Avec ses ressources naturelles, son climat et ses terres fertiles, l’Argentine (malgré son instabilité institutionnelle et financière chronique) peut sembler un candidat idéal pour ce type d’investissement, potentiellement (très) lucratif. L’exploitation du bétail et la culture de céréales en sont les principaux secteurs.

En matière d’élevage, deux choix s’offrent à l’investisseur: acheter le terrain et profiter de sa revalorisation, ou le louer. Dans la province de Buenos Aires, Il faut compter un ticket moyen de $14M pour une rentabilité de 9%, à laquelle s’ajoute la valorisation du foncier. Pour une location, le ticket d’entrée est plus « accessible » : $5M, pour une rentabilité moyenne de 11%.

L’investissement dans la culture de soja, de maïs et de blé, paraît aussi attractif : d’après une étude du ministère de l’agriculture argentin, ce marché enregistrerait des rentabilités comprises entre 7 et 13% (investissement requis compris entre 2 à $5M).

Shadow banking

Le spectre d’une crise financière en Chine revient régulièrement, à mesure que de grandes institutions internationales sonnent l’alarme sur le rythme d’endettement de la deuxième économie mondiale. Si elles pressent Pékin d’agir pour réduire sa dépendance aux crédits, un autre phénomène tend à prendre de l’ampleur en Chine, celui des prêts bancaires cachés ou shadow banking.

Pour contourner la réglementation et octroyer des prêts à des secteurs rémunérateurs ou à des entreprises d’Etat insolvables, les banques chinoises ne manquent pas de créativité. Recourant à des montages financiers complexes, elles octroient des fonds à un véhicule intermédiaire (trust, filiales de fonds de gestion), qui se charge ensuite de les faire transiter au client final. Cette pratique a un gros intérêt pour elles, puisque ces prêts déguisés sont comptabilisés dans leur bilan en « créances d’investissement » et non en « prêts », ce qui leur permet de limiter considérablement les provisions associées au risque. Au final, le prêt ne figure pas à l’actif de la banque, le compte de résultat devient plus « présentable » et, en cas de non-paiement, la perte peut s’étaler dans le temps.

Ce tour de passe-passe n’est pas nouveau en Chine mais prend une très forte ampleur. Ces «créances d’investissement» totaliseraient $2 000Mrd, selon des données publiées par le Wall Street Journal portant sur 32 banques cotées. Un montant multiplié par 6 en l’espace de quatre ans et demi !

Si les autorités chinoises ont récemment durci le ton, en restreignant notamment plus sévèrement les prêts immobiliers, l’explosion des prêts déguisés tend à démontrer que le robinet du crédit reste encore largement ouvert.

Crowdfunding et revenu universel

Alors que l’idée du revenu universel, vieille de plusieurs siècles, reprend du terrain dans le débat politique partout en Europe, une association berlinoise, Mein GrundeinkommenMon Revenu de base ») la met en pratique depuis deux ans et demi. Le site, qui a permis de remettre ce concept sous les projecteurs allemands, a été lancé en juillet 2014 par un jeune entrepreneur estimant que, comme lui, tout le monde devrait avoir la possibilité d’oublier ses problèmes financiers pour se recentrer sur le sens de son existence.

L’idée lui vient alors de lancer un site permettant aux internautes de financer une expérience de ce type. A chaque fois qu’il parvient à récolter €12 000, une personne est tirée au sort pour bénéficier d’un revenu de base de €1 000 par mois, pendant un an. Les donateurs choisissent la part qu’ils souhaitent allouer à la distribution du prochain revenu de base et celle qui ira au fonctionnement de l’association. En un peu plus de deux ans, Mein Grundeinkommen est devenue une véritable entreprise à but non lucratif. L’organisation reçoit chaque mois près de €100 000, dont la plupart viennent de donateurs réguliers (60 000 donateurs, dont 25 000 donnent chaque mois). Depuis sa création, la plate-forme de crowdfunding a récolté plus d’€1M !

Les piliers fondamentaux du revenu universel étant universalité, individualité et inconditionnalité, Mein Grundeinkommen a simplifié au maximum les règles du tirage au sort. Pour participer, nul besoin de faire un don, ni de justifier de l’utilisation de ce revenu universel. Allemands ou étrangers de tout âge sont libres de tenter l’expérience.