1er trimestre 2016

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avril 2016

Sharing v. caring ?

L’avènement du Web et des nouvelles technologies modifie les relations entre individus. Qu’il s’agisse de logement, de voiture, d’équipement électroménager, de voyages et de déplacements, d’accès à la connaissance, d’aide à domicile, en un mot de biens matériels ou de services immatériels, chacun peut désormais partager ou échanger. Mais quel est le moteur de cette sharing economy ? Démarche désintéressée ? Engagement altruiste ?

Ultra-compétitive, friande de capitaux, ne serait-elle pas au contraire devenue, en quelques années, la pointe avancée d’un capitalisme surperformant ?

Selon l’économiste Jeremy Rifkin, le capitalisme est même voué à disparaître sous son essor. Curieuse prophétie ! Car Uber, Airbnb, BlaBlaCar et bien d’autres, démontrent, au contraire, l’extraordinaire aptitude de la sharing economy à épouser la logique du capitalisme, presque à la « sublimer ».

Bien qu’on puisse le regretter, la technologie ne suffit pas, à elle seule, à propager des « sentiments moraux » (Adam Smith) et le boom de l’économie du partage repose davantage sur la quête du gain et la recherche d’avantages personnels (rentabiliser sa voiture ou son habitation, réduire le coût d’un voyage, optimiser son pouvoir d’achat tout en créant du lien) que sur un quelconque esprit de bienfaisance. Charité bien ordonnée…

Agri-traders v. gentle – farmers

Si tous les gadgets high-tech placés en évidence dans les stands du Salon de l’Agriculture sont censés incarner la transformation de l’agriculture, la financiarisation y est aussi à l’œuvre.

Pour tenter de se prémunir contre la volatilité des prix, les agriculteurs se forment aux subtilités des marchés, notamment des contrats à terme. Pas moins de 400 applications mobiles, permettant d’assister les agriculteurs, sont recensées. Parmi elles, certaines donnent accès aux cotations sur les marchés. La dernière version de « Plein Champ » du Crédit agricole par exemple, téléchargée plus de 10 000 fois, propose une longue liste de cotations pour des céréales ou des animaux. D’autres fournisseurs de services développent des produits plus poussés. Les éditeurs d’un logiciel de gestion d’exploitation ont testé un module intégrant les cours du maïs, de l’orge ou du blé à d’autres indicateurs comme les salaires ou les investissements, afin de déterminer un prix de commercialisation. Objectif ? Lancer une alerte au client lorsqu’il passe au-dessus d’un certain seuil, afin de libérer l’exploitant d’une veille des cours chronophage.

Leçon d’optimisme

Dans la lettre annuelle aux actionnaires de Berkshire Hathaway (http://www.berkshirehathaway.com/), Warren Buffet réaffirme que la magie économique des Etats-Unis demeure bien vivante. Selon le milliardaire, « les bébés qui naissent aujourd’hui aux Etats-Unis sont la génération la plus chanceuse de l’histoire ». Et c’est sur des démonstrations solides qu’il se base. A commencer par le PIB par habitant aux Etats-Unis, qui s’élève aujourd’hui à $56 000, soit six fois plus qu’en 1930, son année de naissance. Si le taux actuel de croissance n’est que de 2%, celui-ci est plus encourageant qu’il n’y paraît. Selon les calculs de Warren Buffet, en constatant que la population américaine croît de 0,8% par an, la croissance par habitant est alors de 1,2%. D’ici 25 ans, ce taux de croissance conduirait à un gain de 34,4% du PIB réel par habitant.

Si ce point n’est pas contesté par les économistes, c’est la question des inégalités croissantes qui est de plus en plus mise en avant, le système économique étant souvent pointé du doigt. Warren Buffett y apporte une réponse simple : il y a certes des inégalités mais les moins riches bénéficieront dans le futur de beaucoup plus de biens et de services qu’aujourd’hui. Et pour cela, l’économie de marché reste le système le plus efficace, sans oublier l’innovation, élément clé pour le développement.

Big Brother

Le géant bien connu de la Silicon Valley pourrait-il manquer au respect de la vie privée ? Si la question ne se pose plus pour les utilisateurs du réseau social, c’est aussi le cas pour ses non utilisateurs. Car Facebook peut, à l’insu de l’internaute, déposer un cookie lorsqu’une de ses pages publiques est consultée. Peuvent alors être tracées, navigation internet et informations propres à l’identité (localisation, langue, machine utilisée,…). Pour Facebook, cela inclut l’âge, le sexe et l’adresse e-mail. Les données sont collectées sans information préalable ni consentement des navigateurs. Cela ne s’arrête pas là, puisque Facebook peut mémoriser des informations grâce aux simples clics « J’aime », « Partager » ou « Se connecter »,  présents sur de nombreux sites. Les premiers temps des révolutions ont toujours suscité des dérives, qui généralement, se corrigent avec le temps. Mais ceci appelle néanmoins à une grande vigilance au quotidien !

Monnaie électronique v. (gros) billets

A ce jour, la coupure de €500 représente 3% des billets mis en circulation et 28% de leur valeur cumulée. C’est notamment l’Allemagne, très attachée aux espèces, qui en avait fait la demande.

Dans un contexte de lutte contre le terrorisme et l’évasion fiscale, le ministre français des finances a déclaré sa volonté de supprimer le billet de €500 « plus utilisé pour dissimuler que pour acheter ». Mais c’est à la BCE, décisionnaire des émissions et des types de coupures, qu’il reviendra de prendre la décision finale.

Dans une tribune au Washington Post, Larry Summers, ancien secrétaire d’Etat au Trésor, a, quant à lui, plaidé pour qu’au-delà d’une décision unilatérale européenne, un accord mondial soit trouvé afin de cesser d’émettre des billets ayant une valeur supérieure à $50 ou $100.

Enfin, la Banque Nationale du Québec a incité le gouvernement à imiter des pays comme la Suède ou le Danemark, en accélérant le virage vers la monnaie exclusivement électronique. Argument : dans un monde sans billets ni monnaie, nul besoin de produire, de récolter ou de conserver de l’argent, le paiement électronique faisant diminuer les coûts de transaction et permettant aux autorités de consacrer à d’autres fins les sommes investies pour freiner la contrefaçon !

Philanthropie « 2.0 »

La philanthropie n’est plus ce qu’elle était. Son modèle vieux de plus d’un siècle se trouve en effet quelque peu bousculé par les milliardaires de la nouvelle économie, dont Bill & Melinda Gates ont montré la voie, désormais suivie par les fondateurs de Google, PayPal, Oracle, Facebook et d’autres encore. C’est ce que rapporte un article du Boston Consulting Group« How tech entrepreneurs are disrupting philanthropy ». La stratégie de ces nouveaux philanthropes y est découpée en sept points :

  •  s’attacher à trouver des solutions de rupture (faire disparaître le paludisme plutôt que le soigner),
  • utiliser l’expertise technologique pour innover,
  • s’appuyer sur les données – notamment pour évaluer les résultats et favoriser la transparence,
  • prototyper et expérimenter les nouveaux projets,
  • s’inspirer de l’ « open source » pour progresser plus vite en échangeant des informations et bonnes pratiques,
  • recruter les meilleurs talents et s’impliquer personnellement,
  • et, pour finir, espérer un retour sur investissement.

Finalement, la sharing economy et la philanthropy 2.0 semblent développer des rapprochements qui interpellent, et qui, peut-être, dessinent un futur au capitalisme quelque peu essoufflé que nous vivons actuellement !

PIB et numérique

Pour décider, il faut savoir. Et pour savoir, il faut mesurer. Voilà pourquoi la statistique, née dans le giron de l’Etat comme le pointe son étymologie, est devenue un instrument majeur de pilotage de l’économie. Sauf que la révolution numérique bouscule cette statistique, comme elle bouscule les entreprises, l’emploi et la société tout entière. Elle estompe les frontières entre le travail et le loisir, le gratuit et le payant, l’amateur et le professionnel.

Les outils traditionnels de mesure ont du mal à la capter. La mesure la plus globale de l’activité économique, le PIB, est aux premières loges, qui mesure, pour un pays et une année, son activité au prix du marché.

Andrew McAfee, professeur à Harvard, résume le défi en une question : « Où est Wikipedia dans le PIB ? » Réponse : nulle part ou presque. Si l’encyclopédie en ligne compte 38 millions d’entrées en 250 langues consultées par un demi-milliard de visiteurs, elle emploie moins de 300 personnes et dépense $50M par an. La production mesurée par le PIB pourrait être largement sous-estimée… Le rythme du changement est très rapide et la révolution numérique a engendré de nouveaux business models où il est plus dur pour le statisticien d’observer à la fois les transactions et le prix correspondant. L’expérience client vantée par les champions du marketing est plus difficile à jauger qu’un kilo de pommes de terre.

La statistique de masse s’est épanouie dans le monde de la production de masse, la consommation de masse, la démocratie de masse et les mass media. Ce n’est évidemment pas un hasard. Mais nous quittons peu à peu ce monde pour aller dans un univers où l’activité se fait de plus en plus sur mesure, où la mesure ponctuelle deviendra parfois plus facile, mais où un ensemble cohérent de chiffres deviendra plus difficile, voire impossible à établir. La politique économique, et le débat qui va avec, devra s’émanciper des chiffres. Sacré défi !

Diplômes : France v. USA

Contrairement aux idées reçues, le niveau d’éducation a plus d’impact aux États-Unis qu’en France. La probabilité pour une personne sans le bac d’appartenir à la classe des bas revenus est beaucoup plus élevée outre-Atlantique (59%) qu’en France (29%). Symétriquement, selon l’OCDE, le « rendement » de l’éducation est plus élevé aux États-Unis, garantissant des revenus relativement plus importants aux titulaires d’un bac plus 3. Le self-made-man américain tient en partie du mythe.