2ème & 3ème trimestres 2016

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juillet 2016

Halte au Bordeaux Bashing

Les grands Bordeaux ont renoué avec l’optimisme à l’issue de la campagne des primeurs. Ce millésime 2015, qui a fait l’objet d’une semaine de dégustation en avril par des experts du monde entier, a révélé son potentiel même s’il n’a pas été jugé aussi exceptionnel que l’avait affirmé l’Union des Grands Crus de Bordeaux, qui rassemble les 130 plus grandes propriétés.

Les primeurs constituent un système de vente spécifique à Bordeaux et unique au monde. Il consiste à vendre au printemps un vin encore en cours d’élevage, puisqu’il a été vendangé l’automne précédent, pour n’être livré que l’année suivante. Les primeurs concernent 300 étiquettes, des grands vins qui ne génèrent pas plus de 3% des volumes produits mais qui représentent environ 20% du chiffre d’affaires total de la filière viticole girondine.

Bien que grand millésime, le 2015 est marqué par l’hétérogénéité, notamment à cause de questions météorologiques. Margaux, Pessac-Léognan et Saint-Emilion ont été plus gâtés et se distinguent, semble-t-il.

Première conséquence les prix ont grimpé, avec des hausses de 55 % pour les premiers crus classés de 1855. Le gros de la troupe est lui resté plus raisonnable : sur le cœur du marché, la progression des prix va de 5 à 33%, ce qui semble légitime pour un millésime de qualité superbe, avec certaines réussites exceptionnelles comme à Pomerol. Et même si ces vins constituent une niche, alors que le gros du marché se situe autour de bouteilles vendues entre €5 et €15, Bordeaux espère retrouver son rang et son image, tant il est vrai que la région offre un excellent rapport qualité prix. A Napa Valley, un cabernet sauvignon sans intérêt voire mauvais (et de toute façon trop boisé) coûte rarement moins de $50.

California dreamin’

C’est officiel, la Californie est désormais la 6ème puissance économique mondiale et devance donc… la France. C’est en tout cas ce que révèlent les chiffres du Bureau des analyses économiques (BEA) américain. En se référant à ces derniers, on constate effectivement que le PIB californien s’est établi à $2 460Mrd en 2015 (environ €2183Mrd) contre $2 422Mrd pour la France (environ €2150Mrd). Si l’on se fie aux chiffres de l’Insee, la France redresse la barre mais reste légèrement derrière l’État de l’ouest américain.

Bien sûr, chacun pourra douter de la légitimité de la comparaison faite avec la France compte tenu du statut particulier de la Californie qui n’est pas considérée comme un pays au sens propre. Il n’empêche que cet État américain impressionne. Sa population, d’environ 39 millions d’habitants, est 40% moins nombreuse que celle de la France (établie à 66,3 millions d’habitants au 1er  janvier 2015) et produit pourtant plus de biens et services sur son sol. La Californie a vu sa croissance augmenter de 5,7% en 2015, bien loin des 1,1% de l’Hexagone… Seul l’Oregon fait mieux aux États-Unis (5,9%).

Reste que si le PIB est analysé en parité de pouvoir d’achat, c’est-à-dire en faisant abstraction des différences de coût de la vie entre pays, la Californie chute à la 11ème place juste derrière la France. Nous voilà rassurés.

Assurance-vie, quelques chiffres

Le montant des primes collectées par les sociétés d’assurances au cours des cinq premiers mois de 2016 est de €59,4Mrd. Les versements sur les supports en unités de compte représentent €11,4Mrd depuis le début de l’année, soit 19%. Les prestations versées par les sociétés d’assurances sur la même période s’élèvent à €48,4Mrd. Dès lors, la collecte nette s’établit à €11Mrd depuis le début de l’année, dont €5,8Mrd pour les supports en unités de compte.

L’encours des contrats d’assurance-vie (provisions mathématiques + provisions pour participation aux bénéfices) s’élève enfin à €1 600,2Mrd à fin mai 2016. Une cagnotte tentante !

Fin du secret bancaire à Monaco

Le Parlement européen a entériné l’accord de lutte contre la fraude et l’évasion fiscales signé le 22 février 2016 entre Monaco et l’Union européenne. A partir de 2017, l’Union européenne et Monaco échangeront automatiquement des informations sur les comptes bancaires de leurs résidents (identification, solde des comptes, intérêts, dividendes et autres revenus perçus, etc.). Monaco devra donc appliquer des mesures plus strictes qu’auparavant, équivalentes à celles en vigueur au sein de l’Union européenne depuis mars 2014. Les administrations fiscales des États membres et de Monaco pourront identifier correctement et sans équivoque les contribuables concernés, administrer et renforcer leurs lois fiscales dans les cas de situations transfrontalières, évaluer le risque d’évasion fiscale perpétuée, et éviter des enquêtes plus profondes si elles ne sont pas nécessaires.

Pour mémoire, des accords identiques ont été passés avec la Suisse, le Liechtenstein, San Marino et Andorre.

London calling ?

Le statut européen offrait jusqu’ici un certain nombre d’avantages au Royaume-Uni : la suppression du «passeport», qui permet aux sociétés de l’UE de vendre des services financiers partout en Europe avec le même tampon réglementaire ; la possible délocalisation de grandes banques ou d’entreprises souhaitant avoir un pied dans le grand marché européen intégré, au plus près de l’euro… Leur perte pourrait entraîner un choc de compétitivité au Royaume-Uni.

Derrière le risque de marginalisation de la City, se cache en réalité un autre risque : celui de voir le Royaume-Uni et son centre financier se lancer dans un dumping fiscal et réglementaire agressif, pour s’imposer comme le paradis fiscal incontournable de l’Europe.

L’économie ayant déjà été dérégulée et notamment le marché de l’emploi, le gouvernement ne pourra pas agir sur le coût du travail pour compenser l’effet de ce choc.  La fiscalité, parmi les seules armes à sa main, pourrait donc s’imposer assez vite comme une variable d’ajustement. Le taux d’imposition sur les sociétés outre-Manche est déjà très modéré, par rapport aux autres Etats membres. Il s’établit à 20% aujourd’hui, loin des 33,3% français, et doit même passer à 17% en 2020… Soit le taux le plus bas des pays du G20.

Ce dumping fiscal serait d’autant plus dommageable que le Royaume-Uni ne dispose pas de règles fiscales anti-abus dites « CFC » (Controlled Foreign Companies) véritablement efficaces. Ces dispositions permettent en fait à un Etat de taxer les profits transférés par ses entreprises résidant dans des paradis fiscaux et obligent ces dernières à déclarer leurs montages fiscaux.

En matière de fiscalité, c’est au niveau de l’OCDE que la bataille réglementaire se jouera. Le Royaume-Uni s’y retrouvera face aux pays de l’UE pour parler règles fiscales mondiales et lutte contre l’évasion et la fraude, avec un statut comparable à celui de la Norvège et de la Suisse actuellement. Dans ce contexte, seul un « bloc européen » uni à l’OCDE pourrait avoir du poids.