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décembre 2018

Musée sur ordonnance

Guidé par l’impératif du « vivre ensemble », le musée des beaux-arts de Montréal, le plus fréquenté du Canada, multiplie les initiatives progressistes. Sa dernière en date, un programme de « prescriptions muséales », permettra à des médecins de l’Association des Médecins Francophones du Canada, de prescrire à leurs patients jusqu’à 50 ordonnances par an pour des visites gratuites au musée.

D’un point de vue médical, l’association affirme que des hormones responsables de notre bien-être sont produites lors de la visite d’un musée. De telles prescriptions pourront donc s’appliquer à toutes sortes de maladies, physiques comme mentales.

Qui sait, peut-être qu’au XXIème siècle, la culture sera à la santé ce que le sport fut au siècle précédent. Pour les sceptiques, rappelons qu’il y a cent ans, on disait que le sport déformait le corps ou menaçait la fécondité des femmes.

L’indice « commerce bobo »

Selon une étude de l’Université de Harvard, l’installation de certains commerces dans un quartier permettrait de prédire la hausse des prix de l’immobilier.

En tête de l’étude, se trouvent les barbiers, épiceries, fleuristes et bars à vin, dont l’installation induit une hausse allant de 0,67% à 1,4% des prix au cours des mois suivant leur installation. Les cafés et les restaurants végétaliens induisent eux une hausse de l’ordre de 0,52%.

En effet, ces commerces et enseignes sont le symbole d’une gentrification, phénomène social urbain par lequel des personnes financièrement plus aisées s’approprient un quartier initialement occupé par des habitants moins favorisés, en modifiant ainsi le profil socio-économique.

Mais de là à parler d’indicateur avancé… Ne faudrait-il pas plutôt raisonner en sens inverse et considérer que la venue de ces enseignes n’est pas la cause des hausses immobilières, mais bien plutôt une conséquence ?

Troubles créatifs

On sait la place de Paris historiquement riche de nombreuses « boutiques » de gestion, reflet de talents variés qui s’émancipent des grandes institutions.

De façon contre-intuitive, 2008 s’est avéré l’un des meilleurs crus historiques en terme de création, alors qu’on aurait pu penser que c’était une drôle d’année pour débuter sur les marchés : l’année de la chute de Lehman Brothers, cinquante nouveaux acteurs furent agréés par l’AMF, tandis que dix-sept seulement perdirent leur agrément.

Dix ans après, deux constats s’imposent. D’abord, la progression du nombre de sociétés de gestion n’a plus jamais retrouvé le même rythme. Depuis 2014, on voit même une stagnation du nombre d’acteurs, concentration du secteur oblige. Autre constat : nées en plein marasme, ces sociétés de la génération 2008 affichent un taux de survie élevé. 72% d’entre elles sont toujours en activité dix ans après.

Cette capacité à durer peut s’expliquer par un côté visionnaire. Parmi les 36 survivants, 31 disposent d’un agrément pour gérer des fonds alternatifs, contre 15 pour la gestion classique. Le millésime 2008 est donc riche en sociétés dédiées à des classes d’actifs illiquides, qui ont été très recherchées depuis la crise, notamment en raison des politiques d’assouplissement quantitatif (quantitative easing) des banques centrales, qui ont laminé les rendements sur les marchés traditionnels.

D’autres ont pressenti que l’investissement socialement responsable allait devenir un thème majeur et ont choisi de pratiquer une gestion 100% ISR.

Les périodes chahutées pourraient donc s’avérer révélatrices de tendances futures par le profil de nouveaux entrants qui « détectent » les lacunes d’un marché en difficulté.

Néanmoins, au-delà de ces « visions » sur ce que la gestion financière allait devenir, cette capacité de survie s’explique aussi par un métier qui reste peu capitalistique, favorisant l’agilité. Il arrive ainsi souvent que des actionnaires financiers ou des repreneurs se penchent sur les jeunes pousses, même celles en difficultés. L’avantage pour eux ? Une société de gestion préexistante permet un « départ lancé » plutôt qu’un « départ arrêté ».

Cherche licorne désespérément

Les Américains les surnomment des « licornes ». Le choix de cet animal mythologique n’est pas innocent pour désigner des start-up dont la valorisation franchit le cap symbolique d’$1Mrd et qui ne sont pas cotées en bourse.

Mais à la différence du cheval à une corne, les licornes de la tech existent. Cinquante-sept d’entre elles ont vu le jour en 2017. Très bon millésime, même si la moisson avait été plus faste en 2014 et 2015, avec respectivement soixante-deux et quatre-vingt-une nouvelles licornes.

Ces chiffres sont toutefois à comparer aux années précédentes : un premier record avait été battu en 2013 avec vingt licornes (seulement) ! Au cours des trois dernières années, il y a donc eu une nette augmentation des valorisations. Plusieurs phénomènes expliquent cela : l’arrivée sur le marché de projets amorcés quelques années plus tôt, le regain d’intérêt des investisseurs pour les start-up, la structuration constante des fonds d’investissement et de capital-risque dont les moyens augmentent et enfin les possibilités de sorties plus nombreuses, essentiellement des introductions en bourse et des rachats par des grands groupes.

Les licornes chinoises dominent le haut de ce classement, avec quatre des cinq plus importantes valorisations, ce qui reflète la puissance des fonds d’investissement de l’empire du Milieu. Au total, la Chine a donné naissance à dix-sept licornes en 2017 et Hongkong à deux. En revanche, les États-Unis restent très loin devant, en tant que pouponnière à licornes, avec trente entreprises qui sont entrées dans cette catégorie au cours des douze derniers mois. Le Royaume-Uni est le seul pays européen à figurer dans ce palmarès, avec pas moins de six licornes. De quoi laisser songeurs les entrepreneurs français.

Plus que jamais, se pose la question de la capacité tricolore à faire grandir ses poulains….

Juste un doigt !

£848 750, soit environ €950 000 ! C’est le prix auquel a été adjugée une bouteille de whisky Macallan Valerio Adami 1926 lors d’une vente aux enchères à Edimbourg. La bouteille, vieillie en fût de 1926 à 1986, est ornée d’une étiquette de l’artiste italien Valerio Adami.

L’acheteur, précise la maison de vente, est un collectionneur privé vivant en Asie.

Achat plaisir ou pure spéculation ? Le marché du whisky n’est pas encore aussi mature que celui du vin en matière d’investissement. On peut donc plutôt pencher pour le plaisir !

Et à ce prix-là, comme le disait Chantal Lauby dans la Cité de la Peur, on en voudrait bien juste un doigt !

Eldorado luxembourgeois

Si Paris séduit les banques londoniennes, elle est pour l’heure distancée par le Luxembourg dans le non-coté. L’association de capital investissement locale indique ainsi avoir déjà accueilli 19 des 20 plus grands fonds mondiaux.

L’année 2018 s’annonce d’ailleurs atypique à bien des égards pour cette industrie. En effet, beaucoup de gérants ont anticipé les levées de capitaux afin d’éviter de solliciter leurs investisseurs en plein Brexit. Résultat, la première moitié de l’année est exceptionnelle, avec un montant de capitaux en croissance de 40% dans l’UE, à €45,6Mrd (dont €6,6Mrd levés en France et €27,8Mrd au Royaume-Uni).

Le mouvement profite naturellement au Luxembourg qui, outre sa stabilité fiscale, bénéficie d’un atout de taille : sa flexibilité. Pour l’heure, le Luxembourg accepte de fournir des agréments sans exiger le transfert de l’équipe de Londres ou d’ailleurs. A l’opposé des exigences françaises. Le Luxembourg pousse cet avantage aussi loin que possible, puisqu’il vient même démarcher à Paris !

Mais cette relative souplesse ne devrait pas durer. Il est fort probable que le régulateur exige plus de substance et donc une présence des gérants. Les fonds pourront alors difficilement faire marche arrière. Depuis janvier, les offres d’embauche dans le secteur au Luxembourg, déjà fort de 6 000 professionnels, ont atteint un pic de 900. Du jamais-vu depuis le référendum britannique. Reste à voir ensuite si, dans la durée, il sera possible de maintenir les équipes loin de leur terrain de jeu (UK, France, Allemagne constituent les 3 principaux marchés du private equity).

Le Brexit n’a pas fini de redessiner l’industrie financière européenne !

Les Français trop prudents ?

Trois Français sur quatre préfèrent ne rien gagner plutôt que prendre le risque de perdre lorsqu’ils investissent. C’est ce qui ressort d’une étude AXA IM. Ils privilégient ainsi des produits peu risqués pour leur épargne.

Pourtant les Français ont des objectifs d’investissement théoriques ambitieux à moyen et long terme. Si 30% donnent comme priorité la constitution d’un filet de sécurité afin de faire face aux imprévus, 29% citent la préparation de leur retraite. Ils sont également 24% à souhaiter mettre de l’argent de côté pour leurs vacances, 20% pour acheter un bien immobilier et 19% pour transmettre un patrimoine.

Même ambition affichée du point de vue des objectifs de rendement : 70% des épargnants espèrent une performance annuelle moyenne de leurs placements d’au moins 5%. Ils sont même 30% à attendre un gain annuel de 10% ou plus. Mais dans les faits, leur allocation moyenne ne leur permet pas d’atteindre cet objectif. En effet, la part des actifs considérés à risque, tels que les actions, reste faible quelles que soient les générations.

Autre incohérence entre l’appétit en matière d’épargne et la prudence dans les faits : l’allocation du portefeuille type : elle n’évolue guère en fonction de l’âge et de l’’horizon d’investissement. Ainsi, le portefeuille type des 31/39 ans contient 57% de liquidités, 11% d’actions, 14% d’obligations, 18% d’immobilier (hors résidence principale). Soit une performance sur 10 ans (en moyenne annualisée) de + 3,23% selon AXA IM. A peine plus que celle des plus de 55 ans : +2,89. Chez ces derniers, l’allocation type est composée pour 68% de liquidités, 13% d’actions, 7% d’obligations, 12% d’immobilier.

Du point de vue des thématiques des produits d’épargne, les Français sont convaincus que certaines tendances affecteront leur futur. Notamment les problématiques environnementales, dans lesquelles ils sont prêts à investir massivement. Parmi les sondés, 47% seraient prêts à investir dans les technologies vertes / environnementales, 44% dans la consommation durable, 31% dans le changement climatique. Sur d’autres sujets, 31% investiraient dans l’intelligence artificielle, 12% dans les crypto-actifs, ou 9% dans le big data.

Reflet d’un manque cruel de connaissance de l’économie et de la finance, ces résultats concluent finalement que deux principes simples permettraient déjà de dynamiser l’épargne : investir progressivement et régulièrement tout au long de sa vie pour éviter les accidents de marchés. Et diversifier les supports en fonction des projets et de l’horizon d’investissement.

Du bon sens qui s’applique aux petits comme aux grands patrimoines !