RETOUR

décembre 2017

Big Brother

Les algorithmes informatiques permettent de détecter deux à trois fois plus d’entreprises employant illégalement du personnel que les contrôles aléatoires menés d’ordinaire par les services fiscaux. C’est en tout cas ce qu’il ressort d’une présentation faite par le ministère autrichien des Finances.

Les algorithmes ne font pas les calculs à la place des inspecteurs. Ils relèvent des anomalies supposées dans les comptes déposés par les entreprises, ce qui génère une alerte auprès des fonctionnaires chargés des audits.

Effectuant chaque année 20 000 contrôles de sociétés, l’administration autrichienne a d’abord constitué une base de données référençant les entreprises selon une quinzaine de critères : type d’activité, taille, chiffre d’affaire, rentabilité, coût de structures, intérim, externalisation, frais de déplacement, part à l’export… À partir de là, elle a établi une fourchette dans laquelle se situent des entreprises réputées vertueuses car elles n’ont, lors de précédents contrôles fiscaux, jamais été prises en défaut.

Dès lors, les entreprises sortant du cadre sont systématiquement auditées. Certaines payent, par rapport à leur activité, trop de frais de déplacement, d’autres font beaucoup trop de chiffre d’affaires par rapport à leur volume d’achat. Si le système est encore loin d’être totalement au point, il s’améliore d’année en année.

En 2013, le taux de fraudes détectées sur la base d’un conseil généré par l’outil informatique s’est révélé 80% supérieur à celui détecté sur la seule base de contrôles aléatoires. En 2016, ce taux de succès était 130% supérieur…

Vendanges amères

Il faudra attendre le début de l’année 2018 pour connaître la production réelle de vin dans le monde. Les vendanges ne sont pas terminées partout dans l’hémisphère nord. C’est notamment le cas en Chine, un acteur non négligeable qui s’est hissé au 7ème rang des producteurs de vin en moins de vingt ans. Néanmoins, sans prendre grand risque, l’Organisation Internationale de la Vigne et du Vin (OIV) prévoit une récolte historiquement basse cette année, autour de 246,7 millions d’hectolitres, soit un recul de 8,2%. Il faut remonter à 1961 et 1956 pour trouver des niveaux aussi faibles.

Les viticulteurs de l’Europe de l’ouest sont bien placés pour le savoir, après des gelées et une sécheresse, exceptionnelles, cette année. Les trois plus grands producteurs de vin, Italie, France et Espagne, accusent des baisses de récolte exceptionnellement sévères, avec respectivement -23%, -19% et -15%.

Certains vignobles ont beaucoup plus souffert encore, comme le Bordelais, où près de la moitié du raisin a été perdue. La Charente, le Jura, l’Alsace, le Languedoc-Roussillon, la Vallée du Rhône : toutes les régions ont aussi subi des dégâts, à l’exception de la Bourgogne, après toutefois deux mauvaises années. L’Allemagne aussi affiche une récolte en retrait. En revanche, le Portugal et la Roumanie ont sauvé les meubles.

Hors Europe, trois grandes régions ont fait de bonnes vendanges. C’est le cas des Etats-Unis, 4ème producteur mondial, qui enregistrent une récolte en très léger retrait malgré les incendies qui ont ravagé la Californie.

Autre poids lourd, l’Australie (au 5ème rang mondial) a très bien tiré son épingle du jeu avec une récolte en hausse de +6%. L’Afrique du sud fait partie des heureux avec une hausse de +2%. En Amérique du Sud, la tendance est plutôt à la hausse, hors Chili (-6 %). Après une mauvaise année 2016, l’Argentine, (6ème mondial) bondit de 25% sans toutefois rattraper le niveau de 2015. Fortement pénalisé en 2016 par les aléas climatiques, le Brésil a quant à lui vu sa production croître de 169% cette année.

Le monde ne manquera pas pour autant de vin ! Les stocks sont suffisants pour suppléer aux déficits enregistrés cette année. A fin juillet, ils étaient de 54 millions d’hectolitres, soit un niveau un peu supérieur à 2016.

La spéculation n’est jamais à exclure, mais l’OIV s’est refusé à apprécier l’impact de cette baisse de production sur les prix… Les fonds d’investissement en vins, qui ont fait flores depuis une quinzaine d’années, doivent se réjouir.

Astronomiques milliardaires

C’est encore un petit club, mais qui ne cesse de s’agrandir. Et de s’enrichir. Le patrimoine des milliardaires a progressé de 17% en 2016, passant de $5 100Mrd à $6 000Mrd, selon une étude d’UBS et PWC.

A ce niveau, leur fortune cumulée, qui avait pourtant reculé de plus de 5% en 2015, représente presque autant que le PIB de l’Allemagne et de la France réunies ($6 088Mrd en 2016), avec un rythme de progression largement supérieur à celui de la croissance économique mondiale (+5,8%), ou que la progression moyenne de l’indice boursier MSCI World (+8,5 %).

A la faveur de cette hausse, le cercle des détenteurs d’un patrimoine à 10 chiffres en dollars s’est élargi de10 %. En 2016, le nombre de milliardaires est ainsi passé de 1 397 à 1 542. Pour la plupart des nouveaux entrants, il y a une forte utilisation des réseaux familiaux et professionnels, avec un surinvestissement dans le sport et la philanthropie.

Dans le détail, cette hausse a surtout profité à l’Asie qui, pour la première fois, détrône les Etats-Unis en tête du classement des zones qui comptent le plus de milliardaires. Avec un bond de 23% en un an, elle compte ainsi 637 milliardaires, contre 563 aux Etats-Unis (+5%) et 342 en Europe (+1%).

Les Etats-Unis restent cependant la zone géographique où les milliardaires concentrent encore le plus de richesse, même si l’Asie, portée par la Chine, n’a jamais été aussi proche, avec une hausse de 31% entre 2015 et 2016. Le patrimoine des 563 milliardaires américains représentait $2 800Mrd en 2016, contre $2 000Mrd pour les Asiatiques, tandis que les Européens restaient aux alentours de $1 200Mrd.

Plus largement, pour expliquer la santé du patrimoine des UHNWI, UBS et PWC relèvent la dynamique de plusieurs secteurs comme les technologies et la finance, particulièrement ciblés par les milliardaires, qui emploient au total 27,7 millions de personnes. Ces deux secteurs, qui représentent $1 735Mrd dans le capital des milliardaires, ont progressé de 31% et 28%. Il n’est que de voir la progression fulgurante de la fortune de Jeff Bezos, qui a augmentée de près de 50% en un an et a franchi la somme astronomique de $100Mrd à la faveur du « black Friday » !

Aujourd’hui, huit milliardaires détiennent autant de richesses que la moitié la plus pauvre du monde, ce qui ne peut que laisser songeur…

Le rapport note cependant que si l’enrichissement des milliardaires devrait se poursuivre dans les années qui viennent, cette hausse, enclenchée dans les années 1980, devrait s’achever dans les années 2030, notamment lorsque les principales puissances économiques émergentes auront achevé leur développement économique.

Finance…..mais verte

La Place financière de Paris veut jouer un rôle important dans la finance verte (La Lettre n°46). Paris Europlace, l’association de promotion de la place financière de Paris, a présenté quinze propositions visant à renforcer le rôle de la capitale dans ce domaine.

Pour mémoire, la finance verte couvre le financement d’investissements porteurs de bénéfices environnementaux ou sociaux ayant un impact extra-financier positif. Cela passe notamment par la lutte contre le réchauffement climatique, mais aussi le traitement de l’eau, des sols, ou encore l’éradication de la pauvreté.

Parmi les quinze propositions, Paris Europlace suggère notamment de lancer un indice mondial de classement des places financières en matière de finance verte. Elle souhaite également renforcer les synergies public-privé ou encore organiser chaque année un Climate Finance Day en partenariat avec le pays où se tient la COP.

Paris entend capitaliser sur ses forces. La France est le 2ème pays émetteur d’obligations vertes (ou green bonds, ces emprunts qui servent à financer des projets à vocation environnementale), derrière les États-Unis et devant la Chine. Et elle vise à devenir le premier. A l’heure où l’Europe redessine le rôle de la capitale française dans ce secteur, la green finance sera-t-elle le moyen de réconcilier notre pays avec la finance ?

Clap de fin

Les fraudeurs fiscaux ne pourront bientôt plus régulariser leur situation en France à moindre frais : au 31 décembre, le Service de Traitement des Déclarations Rectificatives (STDR) va fermer ses portes. Depuis 2013, il permettait aux contribuables détenant des avoirs non déclarés à l’étranger de régulariser leur situation avec des pénalités réduites.

Plus de 50 000 demandes y ont été déposées, permettant de régulariser plus de €32Mrd et de recouvrer €7,8Mrd.

La France ayant laissé quatre ans et demi à ces contribuables, le gouvernement a jugé cela suffisant. Bercy avait déjà renforcé les pénalités en 2016.

Si ce service n’avait pas vocation à durer éternellement, sa fermeture, également liée à l’entrée en vigueur de l’échange automatique d’informations bancaires (CRS), pose la question de l’évolution des moyens pour détecter et punir la fraude fiscale. Le gouvernement a aussi prévu « plus d’investissements technologiques » afin de « disposer du même niveau de sophistication technique que les fraudeurs eux-mêmes ».

Heureux patrimoine suisse

Le patrimoine net (actifs et passifs financiers et immobiliers) des ménages suisses a augmenté l’an dernier, à CHF 3 502Mrd (+CHF101Mrd par rapport à 2015), reflet notamment de la légère hausse de l’immobilier.

La BNS note que cette expansion a connu une petite accélération au regard de l’année précédente. Mais la croissance est restée largement inférieure à celle enregistrée entre 2012 et 2014, années marquées par une progression forte de l’immobilier et surtout par d’importants gains financiers.

La régularité de cette évolution, aidée par l’amélioration de la situation économique européenne, pourrait néanmoins se voir partiellement contrariée par les importantes variations de la monnaie suisse, dont l’affaiblissement récent demeure néanmoins une bonne nouvelle pour le pays….et donc ses épargnants !

Folie de diamant

Genève a vibré ! The Art of Grisogono, le plus gros diamant jamais présenté à une vente aux enchères, vient d’être adjugé pour $33,8M chez Christie’s à Genève. La maison de ventes tablait sur une dernière enchère à $25M. La vente a donc établi un nouveau record de prix pour un diamant de couleur D aux enchères.

L’heureux acheteur possède désormais une pièce de joaillerie exceptionnelle. Il a fallu pas moins de 1 700 heures de travail et la participation de quatorze artisans pour ciseler ce diamant sans défaut qui orne un collier asymétrique composé d’un côté de 18 diamants et de l’autre, d’une boucle en deux rangées d’émeraudes en forme de poire.

Le diamant a parcouru le monde, depuis son extraction jusqu’à sa vente : parfait, de couleur D, de type 11A (pur, transparent, extrêmement rare), The Art of Grisogono provient d’une pierre brute de 404 carats découverte dans la mine de Lulo, en Angola, en février 2016. Le 27ème plus gros diamant blanc brut jamais mis au jour a d’abord été analysé à Anvers, puis taillé à New York par une équipe de 10 diamantaires avant de rejoindre la Suisse. C’est non loin du lac Léman qu’une équipe d’artisans du joaillier De Grisogono a créé 50 modèles différents, avant d’arrêter son choix sur un collier asymétrique avec, comme pièce maîtresse, ce diamant de 163,41 carats.

Chinois cherchent « suissitude »

Après les Allemands, les Américains et les Anglais, les Chinois représentent le quatrième marché touristique en Suisse. On comprend les efforts de l’industrie touristique pour les amadouer, d’autant qu’après les ressortissants du Golfe, ils sont les plus grands dépensiers : CHF330 par personne par jour, contre CHF180 en moyenne.

Les Chinois sont des hôtes exigeants et pressés. Ils restent peu de temps et visitent jusqu’à dix pays en quinze jours.

S’adapter aux besoins d’une clientèle particulière, comme sait si bien le faire l’industrie touristique suisse, ne doit pas signifier tout changer. Certes, dans la mesure du possible, les hôteliers évitent de leur attribuer une chambre au quatrième étage ou dont le numéro contient le chiffre 4, considéré comme porte-malheur. En revanche, les locataires de chambres avec un 6, un 8 ou un 9 sont considérés comme chanceux !

Mais surtout, une certaine authenticité est indispensable.

La « suissitude » est très importante pour ces visiteurs ! Le chocolat doit avoir une croix blanche sur l’emballage ! Le pèle-carotte est plébiscité ! Certains en achètent par dizaine pour les offrir en cadeau chez eux. Même s’ils tolèrent mal le fromage, ils aiment essayer fondue et raclette.

Tout changer pour ne rien changer, la recette miracle de la résilience helvète ?

Obligation à 1 000 ans !

Un groupe d’énergie éolienne danois vient d’émettre une obligation à …1 000 ans, assortie d’un taux d’intérêt de 2,25% !

L’accueil réservé par les investisseurs a été très chaleureux puisque le montant de €500M a été massivement sursouscrit si l’on en croit les agences. Est-ce bien raisonnable ? Alors qu’il est bien difficile de prévoir ce que les six prochains mois nous réservent, qui peut imaginer ce qui se passera ces mille prochaines années ?

L’histoire peut être un guide utile dans l’analyse du très long terme. Paul Schmelzing, historien à Harvard, s’est penché sur les 700 dernières années. Le taux d’intérêt réel et sans risque a été évalué à 5,9% (dont 1,1% d’inflation) ; considérablement supérieur au taux sans risque actuel (toujours négatif en Suisse et faiblement positif en Allemagne ou en France).

On constate toutefois une tendance à la baisse des taux au cours des 700 dernières années. Le recul se monte à 1,6% par siècle. Si la même tendance devait se poursuivre ces mille prochaines années au rythme de 1,6 point de base par an, les taux d’intérêt réels tomberaient à –16% en 3017 !