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juillet 2018

Indices impertinents

A l’opposé des indices économiques austères, certains économistes s’attachent à trouver des indicateurs plus «glamour» pour prendre le pouls de l’économie.

Le plus connu est bien sûr le Big Mac Index, inventé en 1986 par The Economist. Cet indice étudie le prix du sandwich de la chaîne de restauration rapide dans une cinquantaine de pays afin de comparer les devises et évaluer le pouvoir d’achat dans chacun d’eux.

Moins connu, créé en 1926 par l’économiste George Taylor, The Hemline Index tente d’établir un lien de causalité entre prospérité économique et… longueur des jupes. D’après cet indice, plus l’économie est florissante plus les jupes portées par les femmes seraient courtes !

Selon le Wall Street Journal, l’indicateur Ping-Pong permettrait quant à lui de mesurer la santé des entreprises de la Tech. Dans la culture de la Silicon Valley, jouer au ping-pong est quasiment un droit acquis pour les employés. Ainsi, la chute des ventes de tables de ping-pong de 50% au premier trimestre 2016 s’expliquerait par la baisse de 25% du financement de ces entreprises au cours de la même période.

On peut également mentionner les indices «rouge à lèvres», «slips masculins», ou «pop-corn» ! Au-delà de leur originalité et de leur aspect «rafraîchissant», peut-être faut- il s’interroger sur la pertinence et/ou l’efficacité des indices traditionnels. PIB, croissance et richesse restent promis à de beaux débats !

Women in power !

Pour la première fois depuis sa création en 1792, la bourse de New-York sera dirigée par une femme. Depuis son arrivée en tant que stagiaire en 1994, Stacey Cunningham a gravi les échelons jusqu’à devenir, à 43 ans, la première présidente du NYSE.

Décrite comme une fearless girl, Stacey Cunningham raconte qu’à son arrivée à Wall Street, elle a été choquée par une inégalité : celle des toilettes. Pour les hommes, une pièce somptueuse avec canapés et dames pipi, pour les femmes, une ancienne cabine téléphonique vaguement réhabilitée.

FMI, FED (jusque début 2018), NYSE, les femmes semblent progressivement prendre le taureau de la finance par les cornes ! Souhaitons que cela augure également d’une finance nouvelle……

Minority report

Adaptation cinématographie de la nouvelle éponyme de Philippe K. Dick, Minority report plonge le spectateur dans un futur dystopique où des êtres humains doués de précognition (les « précogs ») peuvent prédire les crimes à l’avance.

L’intelligence artificielle et les technologies prédictives ne sont désormais plus uniquement l’apanage des entreprises de la Tech comme Google ou Amazon. Le secteur de la gestion de patrimoine prend le même virage. Aujourd’hui, un géant chinois du secteur bancaire et assurantiel recourt à l’intelligence artificielle pour déceler les menteurs parmi les personnes qui sollicitent un prêt via l’application de la compagnie. Il leur est demandé de répondre par vidéo à une série de questions relatives à leurs revenus et aux modalités de remboursement. L’IA détecte une cinquantaine d’expressions faciales qui permettraient de déterminer s’ils disent ou non la vérité et ainsi de prédire s’ils seront en mesure de rembourser.

De tels exemples sont aujourd’hui légion et, prêtent à sourire mais surtout au questionnement. Faut-il sonner l’alarme ? Le législateur européen a démontré une volonté indéniable d’intervenir sur le sujet par l’entrée en vigueur de RGPD (règlement général sur la protection des données). Il est d’ailleurs intéressant de noter que beaucoup d’acteurs économiques non européens ont eu à cœur de se conformer à cette réglementation qui sanctionne lourdement les contrevenants.

Mais au même moment, la Chine peaufine un programme de notation des bons et mauvais comportements des citoyens par l’installation, d’ici 2020, de 600 millions de caméras dotées d’intelligence artificielle. On ne peut donc rester à l’écart des débats qui émergent sur l’utilisation civile, militaire ou économique, qui sera faite des nouvelles technologies ! Et des conséquences qui en découleront sur la finance et l’investissement.

L’ISR, qui reste encore très marginal dans la démarche d’élaboration des stratégies, devrait, pour partie au moins, apporter des éléments de réponse.

La Suisse est-elle durable ?

La Suisse a récemment présenté à l’ONU son rapport sur la mise en œuvre de « l’Agenda 2030 ». Malgré les idées reçues sur la Confédération Helvétique, celle-ci se révèle beaucoup moins bon élève qu’imaginé !

Entré en vigueur en 2015, l’Agenda 2030 contient 17 Objectifs de Développement Durable (ODD), qui doivent être atteints d’ici 2030. Il fait suite aux huit Objectifs du millénaire, mais contrairement à ces derniers, qui visaient essentiellement la lutte contre la pauvreté dans les pays en développement, il englobe les trois dimensions de la durabilité (économique, sociale et environnementale) et s’adresse à tous les pays, aussi bien en développement qu’industrialisés. Les ODD vont de la lutte contre la pauvreté à la préservation des ressources naturelles, en passant par la lutte contre les inégalités et l’avènement de sociétés pacifiques.

Dans un rapport parallèle beaucoup plus substantiel, la Plateforme Agenda 2030 de la société civile critique le manque d’ambition de la Suisse et ses lacunes en matière de développement durable.

Il réclame notamment que toutes les affaires politiques soient examinées à la lumière de l’Agenda 2030, dans un souci de cohérence. En matière de pauvreté, le rapport appelle la Suisse à réduire d’au moins 50% le nombre de pauvres d’ici 2030 (actuellement 615 000 personnes sont touchées par la pauvreté et 1,2 millions risquent de l’être).

Quant à l’environnement, aucun des objectifs environnementaux fixés en 2008 n’a été atteint jusqu’ici !

Le levier le plus puissant dont dispose la Suisse pour protéger le climat est la finance. Il convient de prohiber les investissements dans des infrastructures nocives pour le climat et l’environnement.

Si les ONG et la société civile suisse n’ont pu, contrairement à la Confédération et à 46 autres Etats- membres, présenter officiellement leurs conclusions devant l’Assemblée générale de l’ONU ce mois-ci, elles vont, sans nul doute, trouver le moyen de les faire connaître!

L’écologie sauveur du capitalisme

Le capitalisme dévore son capital. Tel est l’amer constat face à la multitude de riches entreprises sans projets. A l’instar de la première capitalisation boursière mondiale, Apple, assise sur une réserve de cash de $270Mrd (qui augmente de $3.6M par heure), qui a annoncé un rachat de ses propres actions pour un montant de… $100Mrd.

Loin des projets d’exploration du XVIème siècle, de ceux liés à la révolution industrielle à partir du XIXème (chemin de fer, télécommunication), aucun projet, aucun chantier, aucun défi ne semble, pour l’heure en tous cas, retenir l’attention des grands agents économiques privés.

L’essence même du capitalisme est pourtant l’accumulation de richesse, qui se transforme en capital, ensuite investi dans des projets qui rémunèrent ce capital initial, bouclant ainsi la boucle.

Or, le plus grand challenge de l’humanité paraît évident … la survie de la planète. Seul le capitalisme semble suffisamment riche et efficace pour financer la transition énergétique et écologique. L’innovation venant souvent de là où on ne l’attend pas, on ne peut exclure de bonnes surprises ! Finalement, l’écologie est peut-être le seul sujet suffisamment ambitieux pour donner de nouveaux projets au capitalisme et lui permettre de se réinventer.

Migration salvatrices … ?

Le 1er janvier 2018, l’Union européenne comptait 512,6 millions d’habitants, soit 1,1 million de plus qu’un an auparavant. Ce sont les migrations qui permettent cette croissance démographique. Selon les données d’Eurostat, il y a eu, en moyenne, davantage de décès (5,3 millions) que de naissances (5,1 millions) l’an dernier. Ce qui signifie que, dans l’Union, la variation naturelle de la population a été négative.

La population a augmenté dans dix-neuf États et reculé dans neuf autres. De manière générale, ce sont les pays où les naissances l’emportent sur les décès qui affichent la plus forte croissance de la population. L’Irlande est ainsi à la fois l’État où les naissances ont le plus dépassé les décès (+ 6,6‰ d’accroissement naturel) et l’un des quatre pays européens à connaître la plus forte augmentation (+ 11,2‰). À l’opposé, les faibles taux de natalité, rarement compensés par des arrivées de migrants, vont de pair avec les reculs démographiques. La Bulgarie, qui subit une diminution naturelle de sa population de 6,5‰, est ainsi, comme d’ailleurs plusieurs pays de l’ex-bloc soviétique (Roumanie, Lituanie, Croatie,…), l’un des États enregistrant le pire recul démographique (- 7,3‰).

C’est le contraire en Allemagne. Malgré une diminution naturelle de sa population (-1,8‰), le nombre d’habitants croît de 4‰, avec l’arrivée de migrants. Quant à la France, en 11ème position pour la croissance globale (+3,5‰), elle fait partie des champions de la poussette (+2,5‰ d’accroissement naturel).

Sans présumer des conséquences sociales et géopolitiques, dans la mesure où l’on sait que l’impact économique à long terme des migrations est clairement positif sur le PIB, on ne peut qu’être plus optimiste pour les pays les plus ouverts aux mouvements actuels !

MilleXZials

Si vous lisez le journal papier, c’est que vous appartenez à la génération X, celle des 35-51 ans. Certes, vous avez succédé aux baby-boomeurs (52-70 ans), encore bien ancrés dans les habitudes de la civilisation Gutenberg, et vous avez grandi avec les prémices du numérique, mais il vous reste certains usages du passé : feuilleter un quotidien pour vous informer, vous plonger dans un livre pour vous divertir (ou vous cultiver).

Les classes d’âge suivantes, les millennials (également désignés sous l’appellation de génération Y, celle des 21- 34 ans) et autres digital natives (ou génération Z, 14-20 ans), ont résolument basculé dans l’ère du mobile. D’après Médiamétrie, qui mesure les audiences des médias et analyse les évolutions des comportements, 46% des 15-24 ans en France sont connectés sur leur smartphone entre 18 heures et 22 heures.

En Chine, on leur a trouvé un joli nom : « ditouzu », le clan de ceux qui ont la tête baissée, car ils passent leur temps à regarder leur appareil, soit pour consulter les messages de leurs amis sur les réseaux sociaux ou leur envoyer des selfies, soit pour s’informer par le biais des dernières applications à la mode ou acheter des produits.

Dans le monde entier, cette nouvelle génération, qui plébiscite les réseaux sociaux ou des sites de vidéo comme YouTube, bouleverse les pratiques. Parvenir à l’attirer est devenu un enjeu capital dans nombre de secteurs, qu’il s’agisse des médias traditionnels, de la publicité ou de la distribution.

Les mutations sont rapides. Aux Etats-Unis, déjà, d’aucuns prédisent un avenir moins reluisant à Facebook, qui ne captive pas la génération Z autant que les millennials. Elle lui préfère Snapchat et Instagram, deux plates-formes qui privilégient le contenu visuel. Toujours outre-Atlantique, le cabinet Deloitte, dans un rapport rendu public en mars, voit cependant se dessiner des tendances communes entre les différentes générations, en particulier l’usage du. Au point d’inventer une nouvelle classification : les « milleXZials » !

La neutralité, ça interpelle !

La neutralité du net garantit l’égalité de traitement par les opérateurs télécoms de tous les flux de données, quel que soit l’émetteur et le destinataire. Cela signifie que n’importe quelle donnée circule à la même vitesse, les opérateurs télécoms n’étant que des simples transmetteurs.

Ce principe fondateur de l’Internet a été aboli aux Etats- Unis, avec l’entrée en vigueur en juin 2018 d’une décision de la Federal Communications Commission.

Désormais, les opérateurs télécoms états-uniens ont l’autorisation de développer des modèles économiques qui leur permettent de restreindre l’accès de certains de leurs abonnés. Seuls les abonnés capables de payer un accès privilégié pourraient bénéficier des pleines capacités du réseau. Par ailleurs, les consommateurs ne pourraient pas avoir accès aux innovations concurrentes aux services proposés par leur opérateur et leur capacité de publication serait bridée.

Les conséquences d’une telle mesure semblent encore difficiles à envisager mais on ne peut s’empêcher de penser à des scénarios que la science-fiction a imaginés sans que nous n’osions jamais y croire….