2ème & 3ème trimestres 2017

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juillet 2017

Nouvelle économie

Connaissez-vous les Public Benefit Corporations (PBC) ? Depuis quelques années, ces entreprises associant but lucratif et intérêt général foisonnent aux Etats-Unis et de nombreuses structures similaires émergent ailleurs dans le monde. Plus de 4 500 de ces sociétés «à bénéfice public» ont déjà été recensées outre-Atlantique. La dernière-née, la plus importante aussi, vient d’être créée par Danone, qui joue ainsi les fers de lance du mouvement lancé autour de ce que les chercheurs proposent de nommer « entreprises à mission ». Un nouveau type d’entrepreneuriat qui emprunte autant à l’entreprise traditionnelle qu’aux organismes à but non lucratif.

L’idée consiste à fixer d’emblée dans les statuts une mission sociale, scientifique ou environnementale, au-delà de la seule maximisation du profit. Les dirigeants obtiennent ainsi davantage de liberté, notamment pour engager des investissements.
Danone ne s’en cache pas : aux Etats-Unis, le statut de PBC constitue une bonne façon d’attirer l’œil des consommateurs sur ses efforts pour devenir plus transparente et responsable.

Faut-il transposer ce système en France ? C’est ce que préconise le cabinet Prophil, qui suggère de créer des « sociétés à objet social étendu », en s’appuyant sur les expériences de la Camif ou encore de Nutriset, une PME familiale qui a inscrit dans ses statuts son engagement à lutter contre la malnutrition.

La révolution n’est pas que digitale ! Philanthropie, venture philanthropy, entrepreneuriat social, PBC, ISR, finance verte,… Aidée par la crise du capitalisme, une créativité étonnante, et passionnante, se fait jour en matière sociétale et entrepreneuriale. Quand on sait que l’économie du not- for-profit représentait environ 10% du PIB américain en 2011, cela laisse augurer d’un poids économique potentiellement très significatif de ces nouvelles formes d’intervention économique !

Quelles conséquences pour l’investisseur ?…

Family business : les secrets du succès

Source D. Kenyon-Rouvinez – IMD Lausanne – www.imd.org/research/perspectives-for-managers/secrets-of-success-in-long-lasting-family-firms

Presque toutes les entreprises durables sont des entreprises familiales… et elles ont beaucoup à enseigner aux autres, non seulement en termes de gouvernance, de stratégie et de gestion, mais aussi de responsabilité sociale et environnementale, et de développement économique.

Quelles sont les caractéristiques de ces entreprises familiales ayant connu des performances soutenues sur des décennies, voire des siècles ?

Dans un article récent, Denise Kenyon-Rouvinez (IMD Lausanne), également membre de l’Advisory Board de MJ&Cie, a identifié 25 principes nécessaires à la réussite à long terme des entreprises familiales. Collectivement, ces 25 principes forment le schéma Family Business Secrets of Success, outil pratique à l’efficacité prouvée, les entreprises familiales les plus pérennes répondant à au moins 80% de ces principes, regroupés en quatre grandes catégories :

Les principes de « pérennité de l’entreprise » sont la vision, la conduite entrepreneuriale, les compétences professionnelles, les employés, l’éthique, le processus de relève et l’adaptabilité.

Ceux de « longévité de la famille » sont la fierté, le soutien mutuel, les valeurs familiales fortes, l’engagement social, l’équité, la capacité à gérer les conflits et la force dans l’unité.

Ceux de la « propriété » sont la confiance, le contrôle, le concept d’égalité et d’inégalité, les droits de vote, la propriété responsable et la concentration du capital.

La quatrième dimension se rapporte à la façon dont les entreprises familiales les plus performantes se distinguent et se renouvellent. Les cinq domaines clés en sont la séparation des problèmes, les processus formels, l’intendance, les structures de gouvernance et le rôle de la famille.

Ces principes, identifiés au cours de 25 ans de recherche sur des entreprises familiales, ne peuvent être réduits à un ensemble de compétences ou de « à faire » ou « à ne pas faire ».

Mais ils présentent un programme passionnant ! Il devient évident, à travers leur étude, que l’on ne doit pas sacrifier l’éthique pour réussir commercialement, et qu’il n’est pas nécessaire de prioriser l’entreprise sur la famille.

Pour les entreprises familiales les plus performantes, un équilibre parfait entre famille et entreprise peut-il être atteint au fil du temps ?

La philanthropie en héritage

Certains préfèrent gérer leurs projets philanthropiques seuls, équilibrant héritage familial et innovation, d’autres restent dans la lignée des objectifs familiaux, tout en y apportant des pratiques modernes. Quelles sont les caractéristiques de ces « nouveaux philanthropes » de la génération Y ?

– L’esprit « entrepreneur social » : l’entrepreneuriat social est considéré par les Millenials comme une solution plus adaptée à la réalisation de leurs projets philanthropiques. Les secteurs souvent ciblés en matière d’entreprenariat social sont notamment les fintechs, les technologies de l’éducation ou encore les énergies renouvelables.

– Global : la génération Y a une approche plus internationale des causes et des régions visées, contrairement aux baby-boomers qui se concentrent sur une seule région.

– Court terme : consciente des résultats de la philanthropie dans le monde d’aujourd’hui, la génération Y souhaite s’engager et agir dès maintenant, mesurer son impact.
Réseaux sociaux : ceux-ci sont utilisés pour promouvoir leurs causes, mais à la différence des baby-boomers, ils sont également un moyen de recruter des talents et de s’informer des tendances.

– Culture collaborative : la génération Y se considère plus efficace si elle est connectée avec ses pairs par l’intermédiaire de réseaux internationaux ou locaux permettant la recherche des opportunités de co-investissements, de cofinancements, de nouvelles idées et des meilleures pratiques en matière de philanthropie.

Le recours à l’impact investing, ou l’investissement à impact social, démontre bien l’approche spécifique de la génération Y, mêlant projets financiers et philanthropiques. Quant aux résultats, auxquels ces nouveaux philanthropes sont très sensibles, le recours aux outils digitaux est privilégié pour identifier et surveiller leurs indicateurs de performance clés.

Portés par cette évolution, de nouveaux outils voient le jour: le Système de cartographie des données du European Foundation Center, qui fournit les principales données indiquant comment diriger une fondation dans 80 pays différents ou encore les outils de mesure IRIS, qui mesurent la performance sociale, environnementale et financière d’un investissement… de quoi donner à la philanthropie matière à se moderniser et se renouveler encore et toujours !

Appel à idées

«This tweet is a request for ideas ». C’est ainsi que commence l’étonnant message posté récemment par Jeff Bezos, le fondateur d’Amazon. « Je veux que l’essentiel de mon activité philanthropique serve à aider les gens ici et maintenant […] si vous avez des idées, répondez simplement à ce tweet », lance à la twittosphère le PDG, qui est à la tête d’une fortune de près de $80Mrd. Il aurait décidé de publier cet appel à idées après avoir été interrogé par le New York Times sur le montant qu’il allouait à des œuvres caritatives chaque année.

Le tweet a été partagé plus de 6 400 fois l’après-midi suivant sa publication. Plusieurs secteurs ont déjà été suggérés à Jeff Bezos : les droits des LGBT, une expérience de revenu universel, la recherche génétique, le réemploi des vétérans,… Le Français Sylvain Kalache lui a proposé d’investir dans son école d’informatique accessible à tous, la Holberton School. Un homme politique allemand, membre du Parti Pirate, lui a également suggéré de payer ses impôts…

Ce n’est pas parce qu’on a de l’argent que l’on sait nécessairement quoi en faire !

Revaloriser l’actionnariat

Avec l’actionnariat salarié, l’actionnariat individuel favorise l’émergence d’un capitalisme responsable et éthique.

L’Observatoire des Actionnaires d’Avenir (OAA), auquel participe MJ&Cie, est également composé de grandes entreprises françaises (Air Liquide, ENGIE, L’Oréal, SUEZ), d’institutions financières (AXA, BNP Paribas,…), d’organismes de formation (ESSEC,…). Il a été créé en 2014 pour promouvoir l’actionnariat individuel et favoriser la réorientation de l’épargne des Français vers l’appareil productif national, dans une logique de long terme.

Face à la forte baisse de l’actionnariat individuel depuis 2008 (passant de 6,5 millions à 3 millions en 2016), l’OAA a proposé à la majorité gouvernementale de mettre en place, dès le second semestre 2017 :

– des « assises de l’actionnariat » pour faciliter la mobilisation de ce formidable potentiel, avec l’ensemble des parties prenantes et sous le patronage du ministre de l’économie ;

– des journées annuelles de sensibilisation à la culture financière ;

– la création d’un PEA Jeunes pour renforcer la culture économique et financière des français dès l’âge de 16 ans.

Cela devant aller de pair avec la valorisation, par les pouvoirs publics, du rôle et de la prise de risque des actionnaires individuels dans le fonctionnement de l’économie.

5 hats every wealth manager must wear

Aux professionnels de la gestion de fortune qui aspirent à fournir de (vraies) solutions à leurs clients, cinq casquettes sont indispensables :

Celle de conseiller permet de combiner le savoir-faire professionnel et l’empathie pour établir une connexion avec le client, afin de permettre un dialogue plus ouvert et une meilleure compréhension de sa situation.

Celle d’enseignant l’aide à accompagner le client dans un parcours pédagogique lui permettant de profiter de ses compétences et de son expertise dans le but d’améliorer sa compréhension des aspects techniques financiers.

Celle d’architecte lui permet d’offrir une structure de soutien au client lors de la planification et de la construction de son avenir.

Celle de navigateur aide les conseillers à comprendre les besoins d’une clientèle de plus en plus internationale. La connaissance, en particulier, de l’environnement règlementaire international et des grandes tendances doit se développer pour aider les familles à se sentir préparées et équipées de solutions portables et efficaces.

Enfin, celle de technicien n’est pas la moins importante. Les clients fortunés comptent en effet sur leurs conseils pour dénicher des opportunités d’investissement et obtenir des rendements plus élevés que s’ils s’y étaient pris eux- mêmes.
5 chapeaux pour une tête bien faite, et une carrure d’athlète de haut niveau pour assurer avec endurance un accompagnement à haute composante technique et humaine ! Le gérant de fortune idéal est un surhomme !

The elephant graph

Que s’est-il passé sur la planète terre depuis un quart de siècle ? Un graphique, établi par deux économistes de la Banque Mondiale, raconte une grande partie de la mutation économique vécue par l’humanité depuis 1988 : la mondialisation, l’essor de la Chine, le recul de la pauvreté dans le Sud, l’explosion d’une classe de « super riches » dans le Nord, la stagnation des classes populaires dans les pays industrialisés,…

Surnommé, à cause de sa forme, the elephant graph (la courbe de l’éléphant), il fonctionne de la façon suivante : en abscisses, la répartition de la population mondiale en fonction de ses revenus. A gauche, les plus pauvres, à droite, les plus riches. En ordonnées, la progression du revenu depuis 1988.

Ses principaux enseignements ?

La pauvreté a reculé dans le monde : les revenus des 2% les plus pauvres ont augmenté de 20% et ceux des 30% les plus pauvres ont augmenté de 20 à 50%.

Les classes moyennes chinoise et indienne se sont enrichies. 90% des personnes autour du revenu médian mondial sont originaires de ces deux pays. En 1988, une personne ayant un revenu proche de la médiane à l’échelle de la Chine était également proche de la médiane à l’échelle du monde (50ème centile), mais elle se situait en 2008 au 63ème centile et en 2011 au 70ème centile. Cette personne a ainsi « sauté », en termes de revenu, par- dessus 1,5Mrd d’individus !

Les 1% les plus riches sont encore beaucoup plus riches. C’est la trompe de l’éléphant ! Leurs revenus ont progressé de 70%. Ce sont des personnes vivant pour la plupart dans les pays aux économies avancées : la moitié sont des américains. Autre façon de voir les choses : 12% des américains appartiennent à ces 1% des plus hauts revenus.

20% de la population mondiale a vu ses revenus augmenter de plus de moitié (ceux qui sont entre le 45ème et le 65ème centile) et l’inégalité globale des revenus a décru pour la première fois depuis la révolution industrielle.