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avril 2019

Terra incognita

Le 20 décembre 2014, un volcan sous-marin entre en éruption dans l’archipel des Tonga, dans l’océan Pacifique. La caldera crache de tels volumes de lave et de cendres qu’une petite île d’un kilomètre de diamètre environ émerge peu à peu des flots entre les deux îlots Hunga Tonga et Hunga Ha’pai. Les scientifiques pensent alors qu’il ne faudra que quelques mois pour que les eaux engloutissent ce nouveau territoire.

Quatre ans plus tard, la petite île est pourtant toujours là. Les cendres se sont consolidées pour former une roche solide. Elle est même désormais reliée aux deux petits îlots entre lesquels elle était apparue !

Récemment, des scientifiques ont constaté que la vie n’aura pas mis longtemps à s’approprier les lieux. Des plantes ont commencé à coloniser les plages (il pourrait s’agir de « patates à Durand »). Ils ont aussi constaté la présence de « patches de végétation » sur les flancs du volcan. Les végétaux ne sont pas les seuls à s’être approprié les lieux. La petite expédition a pu observer une chouette effraie, probablement installée sur l’un des deux petits îlots, mais surtout des sternes fumeuses. Ces dernières nidifient dans les ravines formées par le ruissellement des eaux de pluie sur les flancs du cône volcanique.

Découvrir des horizons nouveaux, les transformer en terreaux fertiles, pour favoriser croissance et pérennité : ceci résonne pour MJ&Cie, qui œuvre en ce sens depuis bientôt 20 ans !

Finance « nominale »

Selon une étude effectuée par la Cass Business School (City University of London), les prévisions de résultats des analystes financiers dont les noms de famille sont étrangers suscitent des réactions singulières sur le marché.

Les chercheurs de cette business school londonienne ont découvert que, à la suite des attaques terroristes du 11 septembre, les prévisions formulées par des analystes dont les noms de famille étaient à consonance moyen-orientale, engendraient de plus faibles réactions du marché. Ils ont également constaté qu’après l’opposition des gouvernements français et allemand à la guerre en Irak menée par les Etats-Unis, les prévisions d’analystes aux noms français ou allemands avaient été moins bien accueillies par le marché américain.

L’étude a été menée auprès d’un échantillon de 5 516 analystes et 6 495 sociétés sur la période 1996 – 2014. Les chercheurs ont mesuré la préférence pour des noms de famille et se sont aidés des registres historiques d’immigration aux Etats-Unis pour identifier les pays d’origine des noms de famille. Ils se sont également servis des données de l’étude Gallup portant sur la cote de popularité des pays étrangers aux Etats-Unis.

Ces découvertes concordent avec la supposition selon laquelle les gens tirent naturellement des conclusions qu’ils souhaitent obtenir. Si les investisseurs voient favorablement un analyste en raison de son nom de famille, ils sont motivés à considérer les prévisions de ce dernier comme étant plus crédibles ou de meilleure qualité, car cela réduit l’incohérence désagréable entre leurs actes et leurs pensées.

Le nom de famille a aussi des incidences sur la carrière de l’analyste : à condition de fournir de bonnes prévisions de résultats, un analyste aurait plus de chances, si son nom de famille était apprécié, d’être élu en tant qu’analyste renommé et de survivre dans ce milieu même si sa maison de courtage faisait faillite ou faisait l’objet d’une fusion- acquisition.

Après la finance comportementale, va-t-on voir émerger la finance « nominale » ?

Le hedge de l’Ivy League

Les universités américaines, qui disposent d’importants capitaux au travers « d’endowment funds » (fonds de dotation), sont aussi des clientes des hedge funds. Elles investissent historiquement beaucoup dans ces fonds comme dans les autres classes alternatives (private equity immobilier, matières premières…).

Les fonds de dotation des universités de l’Ivy League, les huit universités du nord-est des Etats-Unis (Harvard, Princeton, Stanford…), chargés de gérer les dons, disposaient de $135Mrd en juillet dernier.

Elles investissent dans des hedge funds plus du quart de ces actifs. En 2017, des universités comme Brown et Columbia investissaient un peu plus du tiers de leurs actifs dans les fonds alternatifs. Harvard y plaçait 15%, Yale (dont la stratégie de gestion est considérée comme une référence mondiale – www.investments.yale.edu), 20.5% et Princeton 24.6%.

Pour terminer en tête de l’Ivy League, une question de prestige, les universités ont pris davantage de risques. Elles estiment qu’elles ont « la matière grise » nécessaire pour être plus performantes que les fonds de pensions traditionnels. Elles doivent aussi dégager plus de rendement pour contribuer aux dépenses croissantes dans un contexte d’âpre concurrence pour attirer les meilleurs étudiants.

Cette politique de gestion, très axée sur les classes alternatives risquées, dont Yale fut la pionnière dès 1985, a cependant été critiquée pour son coût lié aux frais de gestion élevés. Les universités versent des centaines de millions de dollars de commissions aux hedge funds, un argent dont certains considèrent qu’il pourrait être mieux utilisé au bénéfice direct des étudiants.

Faut-il croître pour dépenser ou dépenser pour faire croître : un débat sans fin…

Slowbalisation

Si les problèmes de l’économie mondiale se résumaient à un animal, ce serait l’escargot. Du moins, si l’on en croit la couverture de l’hebdomadaire britannique The Economist du 26 janvier, où le gastéropode est à l’honneur. Au-dessus de sa coquille en forme de planisphère trône le mot « slowbalisation », contraction de slow (« lent » en anglais) et de globalisation.

Tel est le mal dont souffre le commerce mondial : il est devenu trop mou et trop lent. L’âge d’or de la mondialisation est derrière nous. Celle reposant sur l’intensification croissante des échanges, la baisse continue des coûts de transport et l’intégration toujours plus grande des chaînes de production. Après avoir grimpé de 39% à 61% du PIB mondial entre 1990 et 2008, le commerce international est retombé à 58% en 2018. Les investissements transfrontaliers des entreprises ont chuté de 3,5% à 1,3% du PIB entre 2007 et 2018.

Que s’est-il passé ? Les pistes d’explication ne manquent pas. Le coût des transports a cessé de baisser. L’industrie des pays émergents a suffisamment monté en gamme pour fournir les marchés locaux. Les services, plus difficilement exportables, prennent un poids croissant dans la plupart des économies. La hausse des salaires dans nombre de pays émergents limite peu à peu l’intérêt des délocalisations. S’ajoutent à cela les politiques de repli national entamées par plusieurs Etats, dans le sillage des Etats-Unis de Donald Trump.

Est-ce à dire que la slowbalisation est une malédiction ? Seulement si l’on oublie d’y voir une opportunité. Celle de corriger les excès de la mondialisation passée. Occasion, aussi, de mieux concilier protection de l’environnement et croissance.

Mais, jusqu’ici, la volonté politique pour en tirer les conséquences et enclencher un véritable changement a manqué, aucun état n’étant prêt à risquer sa compétitivité pour, par exemple, relever la fiscalité des multinationales.

Une poignée d’entre eux vient, malgré tout, de faire un petit pas. Le 29 janvier, l’OCDE a ainsi dévoilé un accord entre 127 pays visant à mieux taxer les GAFA dès 2020. L’objectif : assurer que les géants du web paient un juste niveau d’impôt là où ils réalisent leurs activités et bénéfices, au lieu d’y échapper en grande partie, comme aujourd’hui.

L’inflexion, quoique légère, semble suffisamment notable pour être relevée !

Système D

Financer sa startup est un passage essentiel dans la vie d’un entrepreneur. Aussi bonne soit son idée, sans financement, les chances sont maigres de la voir se concrétiser. Financement participatif, aides d’état, subventions,… sont quelques-unes des ressources les plus communes pour monter une entreprise.

Un entrepreneur français, pourtant, a décidé de ne pas suivre cette voie traditionnelle. Il prévoit de financer son projet d’une manière atypique : en recyclant les quelques 500 réponses négatives, ou inexistantes, à ses demandes de financement adressées aux 500 plus grandes fortunes françaises.

À l’aide d’artisans locaux et d’artistes, il a mis sur pied une statue de 2,10 mètres de haut, d’architecture métallique, surfacée de papier mâché, d’accusés de réception, peinte  et vernie. L’œuvre, baptisée Paper Rabbit, représente un lapin de magicien, pour montrer qu’il « n’est pas nécessaire de passer son temps à tenter de chercher la magie perdue de notre enfance ailleurs qu’en nous-mêmes ».

Une fois sa statue achevée, l’entrepreneur a prévu de la mettre sur eBay et d’ouvrir une vente aux enchères fin octobre au prix de départ de €3M. Si la vente est réalisée, il emploiera cette somme pour lancer officiellement les cinq startups de sa holding.

Si le Paper Rabbit se vend, il deviendra alors le premier single founder à lever au moins €3M en un mois avec zéro actionnariat !

Le résultat dira si cette créativité entrepreneuriale est un art!

Il est l’or mon seignor

Comme chaque année, l’ONG Oxfam a publié son rapport sur les inégalités mondiales. Elle souligne une concentration toujours plus importante de la richesse.

D’après ce rapport, en 2018, 26 milliardaires détenaient autant d’argent que la moitié de l’humanité la plus pauvre. L’ONG invite ainsi les Etats à taxer davantage les plus aisés, car, d’après l’organisation, dans certains pays comme le Brésil ou le Royaume-Uni, les 10% les plus pauvres paient désormais des impôts plus élevés en proportion de leurs revenus que les plus riches.

L’organisation indique par exemple que le budget de santé de l’Éthiopie (110M d’habitants) correspond à 1% de la fortune de Jeff Bezos, patron d’Amazon et homme le plus riche au monde avec $112Mrd de patrimoine.

De quoi donner des idées aux gouvernements du monde entier ?

Elizabeth Warren, professeur de droit à Harvard et candidate déclarée aux primaires démocrates de 2020, vient de rendre public ce qui sera sans doute l’un des points clés de la campagne à venir, à savoir la création, pour la première fois aux Etats-Unis, d’un véritable impôt fédéral sur la fortune. Sa proposition impose un taux de 2% aux fortunes comprises entre $50M et $1Mrd, et de 3% au-delà. Le projet prévoit également une exit tax égale à 40% du patrimoine pour ceux qui choisiraient de quitter le pays et d’abandonner la citoyenneté états-unienne. La taxe s’appliquerait à tous les actifs, sans aucune exemption, avec des sanctions dissuasives pour les personnes et les gouvernements qui ne transmettraient pas les informations adéquates sur les actifs détenus à l’étranger.

Le débat ne fait que commencer, et le barème proposé pourrait encore être étendu et rendu plus progressif, avec des taux atteignant par exemple 5% à 10% par an pour les multimilliardaires. Ce qui est certain, c’est que la question de la justice fiscale sera au cœur de la campagne présidentielle de 2020. La représentante de New York, Alexandria Ocasio-Cortez, a proposé un taux de 70% sur les plus hauts revenus, alors que Bernie Sanders défend un taux de 77% sur les plus hautes successions.

Si la proposition de Warren est la plus novatrice, les trois approches sont complémentaires et peuvent s’enrichir mutuellement.

Mais on peut surtout s’interroger sur le point de savoir si une répartition plus équilibrée doit nécessairement passer par la taxation ou plutôt par une évolution du mode de production qui permette une meilleure répartition des revenus.

Enrichir les pauvres ou appauvrir les riches, tout un programme…