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avril 2018

Alerte sur l’héritage

(Source F. Bonte,- Michelez Notaires, Paris)

Le Conseil des prélèvements obligatoires (CPO), qui a consacré ses travaux 2017 aux divers prélèvements sur le capital des ménages, semble vouloir freiner la part de l’héritage dans la constitution de leur patrimoine. Dans un rapport paru en janvier, il propose en effet une série de mesures, allant de la hausse de la taxation des successions (fidèle à une volonté politique régulièrement réaffirmée d’accélérer le transfert des patrimoines vers les jeunes générations, les donations seraient, semble-t-il, épargnées) à la réduction de l’avantage fiscal de l’assurance-vie (en diminuant l’abattement spécifique et/ou en rapprochant les taux du prélèvement de ceux du barème des droits de succession), voire même… l’intégration de l’assurance-vie dans la succession.

Plus que jamais, il faut donc anticiper et jouer la carte du long terme. Plusieurs pistes :

  • Privilégier la transmission du patrimoine de son vivant, au fil de l’eau, par donations successives afin de profiter au maximum des abattements et de la progressivité du barème.
  • Organiser des sauts de génération tant que possible, ceci notamment pour la transmission des actifs immobiliers, dont la rentabilité nette après impôt sera souvent insuffisante pour se permettre d’assumer la fiscalité de transmissions successives à chaque génération.
  • Profiter pleinement des mécanismes d’exonération partielle tant qu’ils existent : les propriétaires de parcelles boisées ou agricoles seront bien avisés d’anticiper leur transmission d’autant plus que le bénéfice des exonérations applicables (bois et forêts, parts de GFA, de groupement forestiers …), sont cumulables.
  • Utiliser raisonnablement l’assurance-vie en multipliant les bénéficiaires.
  • Enfin, associer ses héritiers à la constitution du patrimoine : plutôt que de constituer un patrimoine en vue de le transmettre (et subir deux fois la fiscalité !), mieux vaudra le constituer directement avec ses proches.

Comme toujours, la planification qui s’impose à cette aune, devra être réalisée sans précipitation excessive et en conservant une vision globale et sur le long terme.

Disques d’art

Collectionner les pochettes de disques décorées par les artistes ? Une nouvelle passion et une lecture novatrice de l’histoire de l’art moderne et contemporain !

Une galerie réputée de San Francisco a récemment présenté une exposition inhabituelle, composée d’un accrochage de 264 pochettes de disques décorées par des artistes. Son propriétaire, un libraire français, passionné depuis trente ans, est à la tête d’un ensemble de pas moins de 15 000 vinyles. Il vient d’ailleurs de produire un catalogue à l’occasion de l’exposition, qui répertorie jusqu’aux disques les plus rares, comme cette pochette de 1984, signée Gerhard Richter, pour illustrer les variations Golberg de Bach. Elle a été achetée il y a peu pour $100 000 en transaction privée. Aux enchères, d’autres exemplaires ont été négociés jusqu’à €82 000 ces dernières années.

La collection de vinyles d’artistes est dans l’air du temps. L’année dernière, les éditions Taschen ont publié un énorme volume consacré au sujet, mais celui-ci ne faisait pas la différence entre les disques dont la couverture a été décorée expressément par l’artiste et ceux qui ne font que reproduire une œuvre existante.

Du point de vue du collectionneur, l’état de la pochette est important et elle doit, bien entendu, contenir le disque. Seuls les « premiers pressages » présentent normalement un intérêt, les éditions ultérieures du disque n’intéressant pas les puristes, même si elles ne sont pas toujours faciles à distinguer. La rareté de l’objet et la célébrité de l’auteur de l’illustration, associées à celle du musicien, feront le reste.

Le marché est en train d’établir ses règles et il s’étend sur toute la planète. Les tarifs sont encore très mesurés, puisqu’on peut trouver des disques dignes d’intérêts à €20 et même moins. Si personne aujourd’hui n’a l’idée d’acheter le disque réalisé par Jeff Koons pour Lady Gaga en 2013, celui de 1983 « Speaking in Tongues », décoré par R. Rauschenberg pour le groupe Talking Heads, est une œuvre qui ne laisse pas indifférent et qui ne se négocie qu’environ €100.

Quand on sait que certains albums (certes rarissimes), signés Basquiat, sont estimés €700 ou que l’une des plus célèbres pochettes de disque, une banane d’Andy Warhol pour le Velvet Underground, est estimée €600, cela peut donner à réfléchir… ou à agir !

L’anti crypto

L’abeille, la bou’sol, la Wir, le sol violette, l’eusko,… Toutes sont des monnaies complémentaires à l’euro ou à une autre monnaie nationale. Moyens de paiement, elles ne peuvent être utilisées que sur un territoire géographique restreint et seulement pour des activités précises. Elles ne sont pas gérées par une banque centrale mais par une association. Le taux de change ? Rien de compliqué : une unité de monnaie locale ne peut valoir qu’€1 !

La France est le premier pays à les avoir reconnues comme moyen de paiement, dès lors qu’elles sont à l’initiative de structures relevant de l’économie sociale et solidaire. Ces monnaies locales servent ainsi des projets qui s’inscrivent dans le respect de l’environnement, la lutte contre l’exclusion, ou encore le commerce équitable.

Elles fonctionnent presque comme les monnaies classiques, si ce n’est que, contrairement à ces dernières, elles ne conservent pas leur valeur. On parle de « monnaies fondantes ». Certaines, comme l’eusko au Pays basque, la soNantes à Nantes ou encore la Doume, dans le Puy-de-Dôme, ne le sont toutefois pas.

Leur principale vocation est de favoriser le commerce et la production locale, de relocaliser l’activité économique. Les monnaies locales perdant de leur valeur, les utilisateurs sont donc incités à les utiliser rapidement, et la rapidité des transactions dynamise théoriquement les territoires.

Elles incarnent aussi un projet d’alternative au système actuel, dans lequel la spéculation représenterait 95% des flux financiers.

Certaines monnaies connaissent de véritables succès. En Suisse, le WIR, monnaie pour les professionnels créée en 1934, est utilisé par plus de 60 000 entreprises. En Bavière, le Chiemgauer est la première monnaie locale européenne et a permis plus de €7M de transactions en 2013, dix ans après sa création.

Mais à la différence du développement viral des crypto monnaies, leur développement n’est pas quantitativement significatif. En revanche, elles constituent un progrès indéniable, en favorisant l’émergence d’une conscience citoyenne et en faisant évoluer la conception de la monnaie.

De la gestion du patrimoine des mineurs

Depuis le 1er janvier 2016 (entrée en vigueur de loi de simplification du droit du 16 février 2015 et de l’ordonnance du 15 octobre 2015), la protection judiciaire de l’enfant mineur a évolué en France, pour permettre aux parents de gérer plus efficacement le patrimoine de leur enfant.

L’ordonnance supprime les régimes d’administration légale sous contrôle judiciaire et d’administration légale pure et simple au profit d’un régime unique d’administration légale. Elle recentre le contrôle du juge sur les situations considérées comme étant les plus à risque.

Auparavant, le dispositif d’administration légale sous contrôle judiciaire imposait l’accord du juge des tutelles dans la gestion courante des intérêts financiers de l’enfant mineur. Cette disposition était souvent mise en œuvre en cas de décès de l’un des deux parents. Par exemple, en matière d’assurance-vie, le parent seul ne pouvait ni souscrire un contrat au nom de son enfant, ni l’arbitrer, ni reverser ou le racheter sans l’accord du juge des tutelles. Il fallait compter de trois à six mois pour obtenir une décision du juge.

Désormais, les actes passés par le parent administrateur légal de son enfant ne nécessitent plus d’accord préalable. Sont exclus les actes qui engagent une forte modification de la composition du patrimoine de l’enfant mineur, tels que la vente d’un immeuble ou l’augmentation importante du risque d’un portefeuille-titres, ainsi que le cas où le mineur a été mis sous tutelle.

Cette simplification importante du droit de la famille facilite et renforce l’action des parents concernés dans la gestion au quotidien du patrimoine de leur enfant mineur dans l’intérêt, immédiat ou futur, de ce dernier.

Voitures de collection : top / down

Le marché de l’automobile de collection n’est pas homogène.

Au sommet, les marques de prestige à caractère sportif, au premier rang desquelles Ferrari bien sûr, mais aussi Maserati, Lamborghini, Aston Martin… ;

Les modèles les plus sportifs et plus rares d’une marque : Porsche 911 RS, Jaguar XKSS, BMW 507, Mercedes 300 SL Papillon… ;

Les grandes marques habillées par de grands carrossiers durant l’entre-deux-guerres : Delahaye, Delage, Duesenberg…;

Les voitures de course (surtout si elles sont éligibles dans les grands meetings de compétition internationale comme Goodwood ou PeterAuto) : Ferrari 250 TR, Jaguar Type C et D, Maserati 250 F, Porsche 904 ou 917, Aston Martin DBR…

Enfin, des constructeurs comme Aston Martin, Ferrari, Bugatti ou Pagani ont relancé la mode des séries numérotées. Pour avoir l’autorisation de signer un de ces bons de commande, tout acheteur doit montrer patte blanche. Avoir les moyens ne suffit plus, il faut également posséder plusieurs autres modèles du même constructeur, s’engager à ne pas revendre le véhicule durant les premiers mois afin de ne pas alimenter la spéculation et s’armer de patience pour faire face aux délais de livraison se comptant en années. Tout acheteur voulant se soustraire à ces règles se verra refuser toute prochaine acquisition chez le constructeur… L’exclusivité a un prix.

Mais il ne s’agit là que d’une minorité de lots, en dépit des prix vertigineux dont la presse se fait régulièrement l’écho (Une Aston DBR.1 de 1957 s’est vendue près de €20M en août dernier aux USA). La majorité des collectionneurs possède un modèle de moins de €30 000. Dès lors, l’effet spéculatif est plus limité, même si certains modèles accessibles, à €20 000 ou €30 000 il y a dix ans, telles les Porsche 911 ou les Jaguar E, ont vu leur cote multipliée par 4 ou 5 !

Le parc des véhicules de collection tend également à se diversifier, et concerne à présent les voitures anciennes des années 80 et 90 (mouvement des « young timers »), à la fois moins chères et plus disponibles.

Certes, les ventes aux enchères s’illustrent toujours par quelques ventes records, mais il s’agit de véhicules exceptionnels par leur rareté, leur faible kilométrage ou la qualité remarquable de leur restauration.

Globalement, les invendus sont nombreux car trop chers, dans un état imparfait, ou insuffisamment rares : c’est le cas, par exemple, des Porsche 911 de première et seconde génération, ou des Ferrari des années 80. Seuls les modèles vraiment exceptionnels par leur état et leur historique, trouvent preneurs à des prix élevés.

Conséquence : si l’on ne peut parler de l’éclatement d’une bulle, on constate du moins une correction du marché depuis deux ans. Les experts et professionnels du secteur parlent d’un retour sur les niveaux de prix de 2010, soit une baisse moyenne de l’ordre de 15% par rapport à 2015 ; les écarts étant très variables selon les marques et modèles, l’état et le pédigrée.

Le « très beau » et « très rare » ne baisse pas, au contraire. En revanche, le plus courant est plus difficile à vendre. Les ventes rapides se réalisent au terme de négociations qui profitent souvent à l’acheteur.

Pour autant, la demande toujours soutenue, coïncide avec l’offre quand elle est raisonnable. L’engouement pour l’automobile de collection semble stable si on en juge par la fréquentation des salons et événements dédiés, et par la santé de la presse spécialisée qui voit encore de nouveaux magazines apparaître. Derrière l’arbre des ventes aux enchères, se cache la forêt des amateurs qui vivent tranquillement leur passion.

Chaque année, les collectionneurs et professionnels du monde entier viennent prendre le pouls lors de la semaine de Rétromobile à Paris réunissant les ventes de RM Sotheby’s, Bonhams et Artcurial. La maison d’enchères française Artcurial a signé un record avec 86% de lots vendus, dont 40% adjugés au-dessus de l’estimation. Même son de cloche du côté de RM Sotheby’s avec 83% de lots écoulés pour un montant total de près de €24M, malgré la déconvenue pour le lot phare de la vente (une Iso Grifo ayant appartenu à J. Hallyday) qui n’a pas trouvé de preneur.

Conclusion : l’automobile de collection reprend nombre de caractéristiques du marché de l’art. Rareté et histoire ont un rôle primordial dans la valeur du lot. Marché sélectif et restrictif, de connaisseurs et d’experts, « l’appât du gain » et de la « bonne affaire » peut y finir en fiasco cinglant…

En toute logique

The Economist Intelligence Unit (EIU), la section recherche de The Economist, a rendu publique l’édition 2018 du classement des métropoles mondiales en fonction du coût de la vie, en comparant les prix de 160 biens et services (nourriture, boisson, loyers, habillement, transports, énergie,…).

Cette année, le haut du classement est globalement dominé par l’Europe et l’Asie. En tête, Singapour conserve sa première place pour la 5ème année consécutive, tandis que Paris et Zürich complètent le podium. Dans le même temps, Osaka et Tokyo sortent du Top 10, en raison du faible taux d’inflation au Japon l’an passé. La capitale nippone était pourtant au sommet du classement jusqu’en 2013. À l’inverse, Tel-Aviv classée 34ème il y a cinq ans est aujourd’hui 9ème, l’appréciation de la devise israélienne n’y est pas pour rien.

En Europe occidentale, les villes hors zone euro sont majoritairement les plus chères, Zürich (3ème), Oslo (5ème), Genève (6ème) et Copenhague (8ème). Seule Paris, qui figure parmi les dix villes les plus chères du monde depuis 2003, fait exception en prenant la 2ème place. L’Europe compte ainsi cinq villes parmi les dix plus chères du monde, l’Asie quatre, et l’Océanie une.

En 2018, aucune ville nord-américaine ne se classe dans ce « top 10 »… Et pour cause : avec l’affaiblissement du dollar, les métropoles US ont nettement reculé. New York et Los Angeles se classent tout de même respectivement 13ème et 14ème.

EIU observe qu’un nombre croissant de sites deviennent moins chers à cause de l’impact des perturbations politiques ou économiques : Damas est la ville la moins chère du classement, et Caracas, «ville plus dangereuse » du monde en 2015, avant-dernière. Le sous-continent indien semble, lui aussi, faire partie des zones les plus accessibles.

L’instabilité devient un facteur primordial dans la réduction du coût de la vie d’un lieu. Finalement, les villes les moins chères semblent aussi être moins… vivables.