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avril 2018

Le banquier… et le parmesan

L’authentique Parmigiano Reggiano certifié d’origine et fabriqué dans la région de Modène, est sans conteste l’un des produits transalpins les plus célébrés au monde. En Emilie-Romagne, sa production repose sur un partenariat entre les producteurs organisés en coopératives et des banques régionales d’une nature… inhabituelle.

De fait, l’affinage du Parmigiano Reggiano nécessite de 12 à 36 mois d’entreposage, un temps de maturation difficile à supporter financièrement pour les producteurs. Aussi les banques de la région se sont-elles mises de la partie.

Ainsi, les fromagers déposent leurs meules à affiner dans les entrepôts de banques, à l’instar de deux espaces de stockage que détient, par exemple, la filiale MGT de la banque Credito Emiliano (Credem).

L’alliance fonctionne selon le principe du prêt sur nantissement, dans lequel la banque octroie un prêt au producteur, mais peut se rembourser sur les fromages en cas de défaut de paiement !

En valeur, la MGT détient ainsi dans ses sous-sols, où elle peut entreposer 450 000 fromages, quelque €100M sous forme de meules de parmesan. Et au-delà de la garantie financière que représente le précieux produit, un bon parmesan à 18 mois d’affinage se vend autour de €14 le kilo, la banque affirme son souci de soutenir l’industrie alimentaire, qui est inscrite dans son propre ADN bancaire.

En Emilie-Romagne, le secteur se porte comme un charme et contribue substantiellement à une croissance qui n’a pas été altérée par la crise de 2009 et demeure largement supérieure à la moyenne nationale.

Difficile de cataloguer une telle initiative : innovation, disruption, désintermédiation…. Les fintech ne sont en tout cas pas les seules à obliger l’industrie financière à se réinventer !

Fashionable Co-living !

Le co-living, ce choix d’habiter à plusieurs, entend ouvrir l’espace et réduire les lieux privés à la portion congrue. Toutes sortes de configurations, plus ou moins choisies, ont déjà existé, qui portaient d’autres noms : phalanstères, kibboutz, ou colocation (25 millions d’Américains sont « roomates »).

La « communauté », nouveau must de la vie urbaine des Millennials, est souvent contrainte dans les grandes villes, où le prix des logements progresse au même rythme que la solitude. Aujourd’hui, plusieurs marques proposent des lieux conçus sur mesure, habillés d’un redoutable marketing, qui transforme le fait d’habiter quelque part en une fête permanente. Le modèle s’adresse la plupart du temps à ces jeunes actifs, la trentaine au plus, ayant pour tout bagage une valise ou un sac à dos, un portable sous le bras et pas mal de diplômes.

Parmi les réseaux les plus connus figurent The Common et ses 14 immeubles dans quatre grandes villes américaines, The Collective London et sa Nash House, qui comprend 550 chambres et studettes et ouvrira bientôt deux autres adresses. Fort de son incroyable succès dans le monde du travail, WeWork a poursuivi l’exploration vers la sphère privée et propose deux adresses « WeLive », à New York et à Arlington, près de Washington.

Les immeubles de co-living font envie : grandes cuisines, vastes salles communes décorées comme des boutiques-hôtels ou des salles de jeux pour grands enfants, rooftop, piscine parfois, conciergerie. Et le niveau de service promet d’augmenter. On « co-live » comme on « co-work » dans la bonne humeur. Toutes les marques mettent en avant des valeurs de solidarité, de partage, de bien-être,…

Le prix (qui n’est plus un loyer) est construit sur le modèle hôtelier, dont cette industrie s’inspire très directement. Ce all-inclusive comprend l’usage d’un espace privé meublé et équipé du linge de maison. Une chambre ou un studio, rarement plus de 15 m2, souvent moins…

Ceci pour la modique somme de….. C’est là que le bât blesse.

A Londres, il faut compter £1 200 par mois ; à New York, plutôt $3 000. Certainement pas moins cher que le résidentiel classique !

Il est probable que ce modèle se révèle même plus « rentable au m2 », à une époque où les rendements locatifs ont fondu au même rythme que le taux d’intérêts.

Inspirée de modes d’habitation ancestraux, cette évolution du « co-living », portée par une révolution sociologique profonde et un marketing habile, ne semble cependant pas offrir de perspective aux difficultés de logement que connaissent les pays occidentaux.

L’investissement immobilier a de beaux jours devant lui !

Repentis fiscaux, silhouette

Le 15 septembre 2017, l’administration fiscale française annonçait la fermeture, au 31 décembre, du Service de traitement des déclarations rectificatives (STDR). Depuis 2013, il permettait aux contribuables détenant des avoirs non déclarés à l’étranger de régulariser leur situation avec des pénalités réduites et, surtout, d’éviter les poursuites pénales.

A l’automne, le service a enregistré 3 345 dépôts de dossiers, dont 2 063 nouveaux cas, soit 48% de l’ensemble des dossiers déposés en 2017 ! Jolie rallonge pour le budget de l’Etat. Les avoirs restant à régulariser représentent €5,4Mrd, soit, pour les caisses de l’Etat, environ €1Mrd de recettes supplémentaires en 2018.

Le « régularisé » a en moyenne 72 ans. Il est originaire de la région parisienne une fois sur trois. Et « le fraudeur est dit passif trois fois sur quatre », détaille l’administration, c’est-à-dire qu’il n’a pas lui-même dissimulé son compte à l’étranger et qu’il ne l’a pas non plus alimenté. Dans ce cas, le fisc appliquait un régime de sanction moins sévère qu’en cas de fraude « active ».

Dans l’écrasante majorité des dossiers (90%), les avoirs étaient localisés en Suisse. En moyenne, la régularisation a coûté au fraudeur… €214 000.

Des retardataires toquent encore à la porte, mais dorénavant, le fisc n’accorde plus de remises et applique un régime de sanction avec une majoration de l’impôt de 80%. Par ailleurs, alors que la prescription fiscale était fixée à trois ans du temps du STDR, le fisc peut remonter jusqu’à dix ans pour les comptes « cachés ». Enfin, alors qu’ils échappaient jusqu’alors mécaniquement à l’éventualité de la case prison, les repentis n’ont désormais aucune garantie sur les poursuites pénales.

On peut s’interroger sur les motivations de ces retardataires récalcitrants, tant il était notoire qu’aucune issue ne serait longtemps viable. La course à la migration des comptes cachés vers des cieux plus discrets est un leurre auquel certains ont cédé…… au risque de se trouver dans une impasse dont la sortie sera particulièrement douloureuse. Le monde a changé, FATCA et CRS sont passés par là et ont tressé un filet aux mailles particulièrement étroites.

Conséquence collatérale : si tous les agents du STDR retrouveront apparemment un poste, dans les services de contrôle classique, certains auraient fait part de leur crainte de s’ennuyer !

Sport… obligatoire

Passer une heure à la piscine sur sa pause déjeuner, rien d’étonnant dans beaucoup de pays occidentaux. Mais en Suède, des employeurs poussent cette pratique à l’extrême en rendant le sport au travail obligatoire. C’est ainsi le cas, par exemple, de l’entreprise publique de distribution de l’eau Kalmar Vatten. Objectifs affichés: productivité, rentabilité, convivialité.

En 2014, une étude de l’Université de Stockholm montrait que transpirer pendant sa journée de travail présente des avantages pour l’employé – plus en forme et concentré – et l’employeur, avec à la clé un recul de 22% de l’absentéisme. Pas négligeable dans un pays où les arrêts maladie sont deux fois supérieurs à la moyenne européenne !

Le sport rendu obligatoire par l’entreprise ne heurte donc pas les Suédois, qui baignent dans un fond de culture luthérienne valorisant l’ascèse, l’effort et l’exercice physique par tous les temps. Ils s’enorgueillissent d’être le peuple le plus actif du Vieux Continent : selon l’Eurobaromètre, en 2014, 70% d’entre eux faisaient de l’exercice de manière hebdomadaire et 51%, deux à trois fois par semaine. Chaque membre de la communauté se doit d’être en forme, un impératif qui remonte aux années 1930 lorsque prospérait le culte de la jeunesse, de la vigueur et de l’«hygiène sociale».

Depuis la fin des années 1980, la plupart des entreprises subventionnent les activités sportives de leurs salariés, du golf à l’aquagym, jusqu’à €500 annuels, exonérés d’impôts. Certaines organisent aussi des cours de sport sur les heures de travail. Dans ce contexte, être en forme est devenu un devoir…

Ce que certains chercheurs commencent à dénoncer comme le « syndrome du bien-être ». Une pratique qu’ils jugent contestable : quand on se met à penser qu’on est une meilleure mère ou un meilleur père, un meilleur ami, si on fait du sport, on peut vite considérer que les personnes qui sont en surpoids, qui fument ou qui ne vivent pas assez sainement, sont de moins bonnes personnes. De là à parler d’eugénisme…..